01 avril 2008

Césars 2008... Un palmarès frileux et politique?

C'était hier soir, vendredi 22 février, que se déroulait au théâtre du Châtelet la 33ème cérémonie des Césars... Petit retour sur une soirée et un palmarès très attendus.

Deux heures et demie.

Deux heures et demie de cinéma qui s'autocongratule, oubliant de citer la mauvaise passe sérieuse du cinéma français aujourd'hui, les dangers qui l'attendent, les prédateurs qui le guettent.

Deux heures et demie de « peopleries » et de copinage.

Deux heures et demie de tentatives de dégel de la salle par Antoine de Caunes et son président, Jean Rochefort.

Deux heures et demie pour un palmarès somme toute très attendu, voilà une soirée bien remplie que celle des Césars 2008.

J'avoue, j'ai un faible « énorme » pour Jean Rochefort, et encore, mesuré à l'aulne de sa carrière, de son talent et de sa classe, il est ridicule. Voilà peut-être pourquoi j'ai supporté mieux qu'à l'accoutumée la soirée de présentation du palmarès des Césars 2008, présidée donc par le grand homme, qui a raconté avec fierté: « Le premier César de l'histoire des Césars, c'était bibi... Vous vous rendez compte! ». Et puis c'est lui encore qui a fait entrer le cinéma dans le monde, et inversement, en parlant d'Ingrid Bétancourt, des Restos du Coeur, des Enfants de Don Quichotte, une « année dans le monde qui n'a pas toujours été d'une gaieté folle ». Lui encore qui déclare la cérémonie ouverte et envoie un premier sketch...

De Caunes supplie Lemercier de revenir présenter la soirée, elle, en « Môme », l'envoie balader et lance un très prémonitoire « ils vont se faire chier », qui ne devait être qu'une boutade mais bon... De fait de sketch en sketch et de vanne en vanne, De Caunes tente de dégeler l'auditoire, mais au dessous de -50 même lui ne peut rien faire.

Las, attendons de voir, les récompenses de succèdent. Alice Taglioni remet le meilleur espoir à Laurent Stocker (elle aurait aimé que ce soit Jocelyn Quivrin, mais bon). Le meilleur court métrage est récompensé, il est aussi en lice pour les Oscars nous dit-on... Magnifique, si ce n'est que personne ne l'a vu... Peut-etre la prochaine fois pourrait-on couper court aux discours et nous montrer le chef d'oeuvre? Meilleur premier film? Persépolis. Mérité c'est vrai, mais peut-être que le « Meilleur film » tout court aurait été justifié. Meilleure musique, Les Chansons d'Amour.. Un des grands absents d'un palmarès frileux, alors que c'est un de nos chouchous de 2007. Meilleur espoir féminin, Hafsia Herzi, actrice de La Graine et le Mulet d'Abdellatif Kechiche mérité là aussi tant la demoiselle est un diamant brut, qui promet. En pleurs, elle touche, et ravit. Meilleur son, décor, La Môme, tiens voilà le très attendu... Meilleur second rôle Masculin, Sami Bouajila, pour Les Témoins, amplement mérité pour un acteur à qui on ne donne que trop peu l'occasion de faire montre de tout son talent. Ce sera la seule récompense d'un film qui en méritait d'autres! Et puis le meilleur scénario adapté, Persépolis encore. Le meilleur film étranger: La vie des autres... (Là ce qui choque c'est que nous aurions été en peine de choisir un gagnant parmi les nommés, alors que pour les autres catégories c'est de trouver des nommés qui nous aurait été difficile) Meilleure actrice dans un second rôle, Julie Depardieu pour Un Secret. La dame monte sur scène avec Ludivine Sagnier, nommée elle aussi pour le même film dans la même catégorie, et on fond devant la fraîcheur de l'actrice, son audace, et son envie de secouer le tout... enfin de l'émotion positive! Meilleur documentaire, l'Avocat de la Terreur. Aïssa Maïga rappelle le rôle à jouer du documentaire, dans un siècle où les relations entre politique et médias sont « un peu incestueuses », on applaudit, forcément.

Et voilà, 20 minutes avant la fin, enfin les Césars « qui comptent ». Parce qu'après tout, sans minimiser leur rôle dans le cinéma, loin de là, les récompenses « techniques » importent peu... Ce qui ressort de ces derniers moments? Une véritable razzia de La Graine et le Mulet : meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleur film. Et puis une victoire attendue de Marion Cotillard pour La Môme, et de Mathieu Amalric pour le Scaphandre et le Papillon. Rien à dire pour Marion, il faut bien reconnaître qu'elle fait là une vraie « performance », ce qui lui donne toutes ses chances pour les Oscars ce dimanche. Mais elle avait face à elle d'autres qui l'auraient mérité tout autant. Pour ce qui est de La Graine et le Mulet, la question se pose. Un palmarès politique? Face à de grands compétiteurs, face à André Téchiné et ses Témoins par exemple, l'académie prime un réalisateur franco-tunisien qui parle des minorités et de l'intégration. Pourquoi pas, mais, franchement, le film d'Abdellatif Kechiche n'est pas son meilleur, et niveau réalisation il a de nombreuses failles... Alors que penser? Qu'on a voulu jouer les poils à gratter face à la politique actuelle?

Un peu déçue donc par ces Césars, qui ont oublié Molière (qui aurait mérité son meilleur scénario) ou encore Ceux qui restent, merveilleux film d'Anne Le Ny.

Un peu déçue encore par le ton de la soirée. Certes l'hommage à Michel Serrault, Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel, trois « monstres sacrés » qui nous manquent déjà en ouverture était nécessaire. Mais on peut se poser la question du « Super César d'honneur » remis à Jeanne Moreau, vraisemblablement gênée, et du César d'honneur remis à Romy Schneider par Alain Delon.... Et si quelques vannes d'Antoine de Caunes faisaient mouche sur le pouvoir en place, il aura fallu attendre Mademoiselle Jeanne pour que quelqu'un évoque, enfin, les affres actuelles du cinéma français, les baisses de subventions et autres agonies de petites salles... De Caunes a parlé plusieurs fois du duo Jaoui/Bacri lors de la soirée; force est de constater qu'ils nous ont manqué.

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