01 avril 2008

Interview de l'équipe pour There Will Be Blood


C'était une promesse: une interview intégrale de Paul Dano, Paul Thomas Anderson et Daniel Day-Lewis. Ils étaient fatigués, en plein jet-lag, mais ont quand même essayé de répondre à tout ce 14 février 2008 à Paris...


Daniel, quelle est votre méthode de cuisine interne?

Daniel Day-Lewis:

Je fais mijoter à feu doux, je préfère ça à la saisie brutale. Je n'ai pas de recette en fait, il n'y en a pas vraiment, malgré ce que certains disent parfois. Il n'y a que du travail. La majeure partie de ce travail, c'est une imagination fertile, nourrie de l'inconscient de l'acteur, en gros j'essaye surtout de laisser le travail se faire de lui même. C'est d'ailleurs plutôt bien de ne pas pouvoir vous expliquer tout cela. Et puis vous savez chaque rôle est différent, on ne peut y appliquer les mêmes règles, rien n'est jamais garanti... Voilà une longue non-réponse à votre question.

Paul comment avec vous travaillé pour que l'adaptation du livre d'Upton Sinclair semble si « personnelle »?

Paul Thomas Anderson:

C'est difficile de vous expliquer cela aujourd'hui, c'était tellement le bazar à l'époque, je ne savais plus par où prendre les choses. On parlait de cuisine... Et bien je peux vous dire que chez moi la cuisine a été un champ de mines pendant longtemps. Mais le livre était trop bon pour ne pas tenter l'adaptation. Adapter le livre c'était un peu comme travailler avec un collaborateur mort... Je ne me suis jamais senti d'obligation par rapport au livre, si ce n'est d'en respecter l'esprit. C'est surtout la première partie du roman qui m'a parlé, et à un moment j'ai senti que j'avais plus de bonnes scènes que de mauvaises. Mais quand on adapte, on passe tellement de temps sur un projet qu'on finit forcément par y mettre beaucoup de choses personnelles.

Daniel, qu'est ce qui vous a plu dans le projet, est-ce le scénario, le réalisateur?

DDL

C'est surtout lui, Paul Anderson. Parce que j'ai eu l'impression de reconnaître un collègue de folie, et j'avais envie de passer du temps avec lui.

La bande originale est composée par Johnny Greenwood, du groupe Radiohead. Comment s'est faite cette collaboration?

PTA

Je suis allé le voir avec le scénario non fini, et il n'a pas arrété de me dire oui, et non en même temps. Je pense qu'en fait il avait peur. Et puis il a fait des démos, vu des morceaux du film. Il est compositeur résident pour la BBC, il a l'abitude d'écrire pour les orchestres, et je pense qu'il a beaucoup aimé tirer des instruments des sons qu'ils ne sont pas censés produire. On a travailé ensemble plus d'un an. Mais quand je lui ai demandé il y a peu s'il le referait si on lui en donnait la possibilité, il m'a dit que oui, donc j'imagine qu'il a passé un bon moment!

Paul, votre personnage d'Eli Sunday est impressionant, et important dans le film...

Paul Dano:

Je pense qu'il y a deux batailles dans le film. Celle de Daniel contre lui-même et celle de Daniel contre Eli. Mais ils ont la meme motivation, Daniel essaye de prendre le pouvoir à travers le pétrole, et Eli à travers la religion. Eli est en plus un très jeune homme qui manie très bien les mots... Pour ce qui est du jeu avec Daniel, j'ai essayé de lui donner le meilleur de moi même, et je dois dire qu'en tant qu'acteur c'est très satisfaisant d'avoir pu lui donner quelques giffles.

Daniel, votre personnage dit à plusieurs reprises « je hais les autres », est-ce une pierre d'attache pour le comprendre?

DDL

Je sais d'où ça vient, mais je n'ai pas vraiment envie de vous le dire... Peut-être que cette réplique est un des points qui peut expliquer son éloignement de la réalité. Sa capacité à ne faire confiance à personne et à mépriser le monde lui a servi pour s'élever dans le monde, et il ne voit pas pourquoi il changerait, ni pourquoi il pourrait penser à un moment qu'il est sur une mauvaise voie. Peut-être peut-on penser, à un moment, qu'il est fou, mais moi en tous cas je ne suis pas objectif...

Daniel Plainview est un personnage solitaire, est-ce quelque chose qui vous parle en tant qu'artiste?

DDL

Je ne suis pas sûr qu'on ait besoin de solitude. Je pense qu'à un moment il faut un peu d'isolation, ça peut aider, mais c'est une isolation « de groupe », avec Paul par exemple. Ce travail qu'on fait seul ne sert à rien si à un moment il n'y a pas rencontre avec d'autres acteurs. On peut etre aussi solitaire qu'on veut, mais c'est la rencontre qui est signifiante. Mon travail n'a aucune valeur s'il n'est pas confronté à celui d'autres face à la caméra. Pour ce qui est Plainview, quelq'un m'a suggéré que lorsqu'on le voit creuser son trou, forger des alliances avec des gens qu'il n'aime pas, il s'est déjà perdu lui même. On dit parfois que le temps de vie de l'âme est plus court que le temps de vie du corps. et je pense que c'est le cas de Plainview, son ame s'est éteinte depuis longtemps mais son corps continue à tourner.

Le film est assez critique sur l'Eglise, quel est votre regard sur cette institution?

PTA

J'ai passé beaucoup de temps à l'église quand j'étais enfant. Il y a des jours où j'aimais bien, et des jours non, la plupart du temps je m'ennuyais. Pour Eli, on peut discuter du fait qu'il ait, ou non, la foi au début du film, mais ce qui est sûr c'est qu'à la fin, il l'a perdue. Pour ce qui est de l'église... Mes sentiments sont partagés.

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