08 juillet 2008

Rencontre avec Gio Iera

Par Fadette, dimanche 6 avril 2008 à 02:29

Dans les "Randonneurs à Saint Tropez" il est un bel italien qui fait tourner la tete de Karin Viard. Dans la vie Gio Iera, se partage entre Paris, New York, et Valenciennes dont il est originaire. Un "ch'ti" devenu international qui n'a pas oublié de garder sa simplicité? Impossible de rater ça! Rencontre donc autour d'un café à Valenciennes, un rendez-vous calé depuis Los Angeles, tout de même!

Paris, New York, trouvez vous encore le temps d'aller au cinéma?

J'y vais le plus possible. Mais je récupère aussi beaucoup de films en dvd, ¾ mois avant leur sortie en France, aux Etats unis. Mon petit garçon et ma femme sont à New York, alors ce n'est pas évident, mais je trouve le temps, et je vois beaucoup de films dans l'avion!

Paris, c'est pour la production...

J'ai une société de production qui marche bien. On a tourné Livraison à domicile avec Bruno Solo, Barbara Schultz et Thierry Frémont, dans le Nord. En ce moment je travaille sur un très beau projet avec le producteur de la Vérité si je mens. Ce sera pour un tournage en 2009, un très gros budget, tourné entre 3 pays, 3 villes, Londres, Paris et Dubaï. C'est une comédie classe d'aventures, qui se tournera avec beaucoup d'acteurs anglais, et dont j'ai écrit le scénario.

Pourquoi ne pas le réaliser vous même?

Parce que je me sens pas prêt à passer à la réalisation. C'est un métier à part entière. Aujourdh'ui tout le monde devient plus ou moins réalisateur. Certains avec plus de bonheur que d'autres, certains acteurs passent derrière la caméra avec succès. Mais je ne m'en sens pas capable pour l'instant. Peut-être un jour... Il faut vraiment être sur de son coup, de ce qu'on raconte. Je pense qu'il faut un sujet proche de vous.

Ce n'est pas le cas de ce que vous écrivez?

J'ai écrit un scénario proche de moi. J'ai produit un documentaire sur le même thème, réalisé par Gabriel le Bomin. Mais là le scénario je l'ai donné à Philippe Harel. C'est une histoire autour de l'immigration dans le Nord d'une famille italienne, un peu à la Il était une fois dans l'Ouest...

Qu'est ce que la production vous apporte?

Elle me prend du temps, et me permet de limiter les apparitions dans les séries télé pour gagner ma vie... Les séries française, je trouve, sont rarement de qualité... En france on commence tout juste à faire de beaux téléfilms. En fait la production me permet de prendre de la distance avec le métier d'acteur. Attendre tout le temps que quelqu'un ait envie de vous proposer un rôle, je n'ai pas le tempérament. Je suis un créatif, je ne peux pas attendre sans rien faire. Acteur c'est compliqué. Ce n'est pas comme un pianiste ou un musicien... Prendre un scénario et jouer tout seul dans ta chambre? C'est cimpliqué. Quand on chante on peut chanter dans des cafés, dans des restos, quand on est acteur il faut monter les projets, ça ne peut pas se faire rapidement, et le one-man show il faut savoir écrire...

Mais la production c'est aussi des moments de "non-jeu"

Oui, mais ça permet de rester en activité. On est au bureau, on a des réunions, on fait des trucs concrets. Entre deux on va tourner Les Randonneurs pendant 10 jours... Dans ta tête tu es toujours en activité... Et ça permet aussi de voir l'envers du décor. Acteur c'est un métier de privilégié, de voir comment un producteur et un réalisateur peuvent galérer pour monter un film... On se rend compte à quel point les comédiens sont privilégiés, même si après 10 jours de tournage on peut passer un an sans rien faire. On est les derniers à arriver sur le plateau, les premiers à repartir, et si le film marche les lauriers sont pou nous. Si ça ne marche pas, c'est le réalisateur qui aura du mal à remonter un projet! On ne te pardonne pas dans ces cas là, aux acteurs si!

D'où vous vient votre envie de cinéma?

Je suis d'origine italienne et ma maman a toujours été fan de ce cinéma-là. Les films de Visconti... Rocco et ses frères je l'ai vu à 12-13 ans. J'ai découvert Elia Kazan très jeune... Elle avait un goût plutôt porté sur les films au contenu fort, les affaires de famille, les trahisons. Et puis à force de voir Delon et Gassman je me suis dit « je veux faire ce qu'eux font ». J'avais plus envie du cinéma que du jeu. J'ai vraiment cette culture de l'image, d'un écran et de sa magie. Un film peut te faire passer par toutes les émotions, et j'avais envie de ça. Je me suis dit « quand je serais grand je serais acteur ».

__ Ca ne doit pas être évident de décider ça d'un coup...__

Au départ personne ne te prend au sérieux, tout le monde pense que c'est une lubie. Quand on habite Valenciennes, qu'on est né à Denain et qu'on annonce ça, les gens te disent « c'est une crise d'ado, de mec de 20 balais! ». Et puis du coup on se met à travailler. J'ai pris des cours à Paris, j'ai commencé à faire des rencontres, des castings... On commence par une phrase dans un film, puis deux, et là arrive la grosse galère. J'ai fait 2 jours sur La Vérité si je mens 2, le casting du Vélo de Ghislain Lambert, là je suis pris. Dans ce cas là on pense que c'est bon, qu'on est sur l'autoroute. Mais non, en fait on est toujours sur les départementales, et on braque aux virages. Et puis on s'aperçoit que sur 10 ans votre filmo grandit, on se forge aussi une carapace, et puis on se fait connaître. C'est compliqué de se faire connaître sur un film, et tout aussi compliqué de faire un film! Mais cette galère permet aussi de prendre du recul, de s'auto-critiquer. J'ai vu mon évolution, et c'est un autre travail à faire.

Acteur en France.. Mais aux états-unis?

Je vais peut-être commences aux USA. C'est pour ça que j'ai changé mon prénom de Jean-Baptiste, imprononçable pour eux, à Gio. Mon nom d'artiste c'est donc le diminutif de mon vrai prénom, Giovambattista, que j'avais francisé. J'ai rencontré un agent aux USA seulement maintenant. Je ne parlais pas bien anglais quand je suis parti, je ne me sentais pas capable de tourner en anglais. Mais dans Speedball, mon « gros projet » de production, je tournerais en anglais, j'aurais quelque chose à montrer, et il y a des possibilités. Mais je ne dirais rien! Je ne balance plus maintenant, je sais que 80% des projets ne se font finalement pas. Un projet peut s'arrêter une semaine avant le tournage, c'est toujours très compliqué le cinéma.

Ce qui doit être très frustrant...

Dans ta tête t'as tout en cours, et puis ça s'arrête.. Alors que tu peux très bien avoir refusé d'autres choses pour ça! C'est un métier frustrant, mais j'ai trouvé d'autres intérêts dans ma vie personnelle, et professionnelle qui me permettent de lâcher prise sur ça. Le scénario, la production, me permettent d'être bien dans ma tête, et du coup je suis plus ouvert, plus libre dans mon jeu!

Aujourd'hui vous alternez grosses productions et projets plus confidentiels...

C'est le projet qui est important... je peux camper pour tourner un film, je n'ai pas besoin d'un bel hôtel avec le budget de la prod, ce qui est important c'est que le film existe. Sur un gros budget le problème c'est que tout est gros, il y a beaucoup d'argent qui se perd, qui ne sert à rien. Le cinéma par moment c'est trop facile. Il y a les grands hôtels, les belles voitures, les tournées... Alors que tout ça pourrait être plus simple. J'adore les projets difficiles. Pour Les Fragments d'Antonin on dormait à deux par chambre dans des hôtels zéro étoiles, mais ça a créé une union autour du film. Sur les gros projets il est rare de trouver une union. Là tu te déshabille tout seul parce qu'il n'y a pas d'assistant, mais tu sais faire, c'est comme chez toi! Dans la salle de toute façon ça ne se voit pas. Le spectateur s'en fout, il veut une bonne histoire, de bons acteurs.

Y a t-il un rôle dont vous rêviez aujourd'hui? Je n'ai pas vraiment d'envie particulière. Peut-être que j'aimerais qu'on me propose plus de rôles dramatiques. Aujourd'hui j'ai ciblé ce que je peux faire et ce qui me convient moins. Je me suis aperçu que ce qui m'allait bien c'était le côté plus animal, charismatique des personnages, très physique. Aujourd'hui on a peu d'acteurs physiques, et encore moins de comédies de ce style... pourtant ce n'est pas parce qu'on met à quelqu'un une moustache qu'il est crédible en méchant, ni parcequ'on lui met un flingue dans la main. J'aime beaucoup par exemple le style de Thierry Frémont, j'aimerais bien faire un peu plus de ça aussi...

Propos recueillis par Fadette Drouard à Valenciennes le 31 mars 2008

PS: http://www.gio-iera.com/ http://www.myspace.com/gioiera

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