08 juillet 2008

Rencontre avec Vincent Lindon

Par Fadette, mercredi 2 juillet 2008 à 13:11

Quand Vincent Lindon s'assoit à votre table en lançant "si vous n'avez pas de questions à me poser, ça m'arrange" on se dit que c'est mal parti. Et puis l'échange se lance...

Etiez-vous comme un poisson dans l'eau avec ce rôle "cousu-main" ?

Je ne me sens jamais comme un poisson dans l’eau. Mais en fait, si on trouve la tenue vestimentaire du personnage, ça me va. Je pense que l’habit fait le moine au cinéma. Si je me sens bien dans mes affaires... Après, le personnage me ressemble forcément, il ne me reste plus grand-chose, si ce n’est le texte.

Et créer le tandem avec Pascal Elbé n'est pas plus complexe?

Qu’est ce que vous voulez que ça change ? C’est comme ça pour tous les films depuis 100 ans ! On ne joue jamais seul... J’ai beaucoup de mal à répondre en interview parce que je considère que ce qui est fait est fait... Souvent on invente rétroactivement des raisons pour des choses venues sur l’instant. Demandez à quelqu’un pourquoi il est tombé amoureux de telle femme, il vous répondra "parce que ceci, ou cela", alors qu’en fait ce n'est pas comme ça que ça se passe. Sur le moment on aime, c’est tout.

Et le scénario de "Mes amis, mes amours" vous a plu instantanément?

Je me suis dit « tiens, j’ai envie de faire Mathias ». Je suis un peu paysan dans mes reflexions, je ne me suis pas dit « tiens, j’ai très envie de faire une comédie, à Londres ».. A paris ça m’aurait été aussi bien, voire mieux. Les gens me disent « vous préférez des comédies ou des films noirs ? » : je ne préfère rien ! J’aime ce qui m’arrive. Je prends toujours la même métaphore homme-femme… Mais on ne se dit pas, quand une fille qui vous plaît arrive, "je vais attendre la suivante, voire si ya pas une blonde qui vient, je vais garder celle la pour plus tard ! Non, on a des coups de cœur, on ne se demande pas ce qui va arriver après. On sait ce qu’il y a eu "avant", ce qui se passe "dans le moment", et encore, pas toujours.

Pourtant vous êtes connu pour etre un bosseur !

Ca ne change pas le "avant", ni le "après". Je me laisse d’abord porter par les goûts, les couleurs, le hasar, et une fois que j’ai attrapé ma proie je m’y intéresse. J’ai une façon de travailler bizarre, presque inconsciente. Je passe ma vie à observer les gens, alors je remets dans mes rôles les trucs que j’ai vus. Je ne vais pas passer six mois dans un commissariat pour jouer un flic dans un film ! Je suis dans le détail, c’est ça qui m’intéresse.

Vous n'entrez donc pas dans une "démarche de jeu"?

C’est le seul métier, et c’est très triste, où on n’est pas considérés comme des artistes. On ne demande pas à un peintre pourquoi il a peint comme ça ! Acteur, on nous pose toujours la question : pourquoi vous avez joué comme ci, est ce que c’était dur de jouer ça ? Moi j’adorerais répondre « j’en sais rien, et je m’en fous ». Ca vous a plu, tant mieux, ca vous a pas plu, tant pis. Acteur, on nous pose toujours la quetion "Pourquoi vous avez joué comme comme ci ?", "Est-ce que c'était dur de jouer ça ?" Moi, j'adorerais répondre "J'en sais rien, et je m'en fous". Ca vous a plu, tant mieux, ça vous a pas plu, tant pis. J’étais content de venir aujourd’hui, mais si vous me disiez « Vincent, on est un peu fatigués, on n’a pas envie de te poser de quesitons », je vous paye un coup!

Pourtant, certains acteurs disent qu'ils "créent une oeuvre"...

Jamais je n’oserais penser, seul le soir dans mon lit, que je crée une œuvre ! Je peux mourir de rire si on me dit ca ! Et puis quoi, un peu plus tard on met « chef » devant ? Moi mon problème, et je vous le dis avec beaucoup d’amitié, c’est de parler de mes rôles. Il n’y a rien au monde qui m’ennuie plus que ça. Je m’ennuie, je vous ennuie, et je raconte n’importe quoi, alors que je m’en tappe ! Si on me trouve bon acteur, tant mieux, mais ne me demandez pas comment c’est fait, je n’en sais rien et je m’en branle.

Les lecteurs aiment connaître l'envers du décor... Le drame c’est que, parce que vous avez envie de savoir comment ça marche, je sois obligé de faire plus. Il ya une obligation parce que l’acteur qui ne fait pas de promo entend des choses comme "il est aigri, il est pas sympa". C’est le problème de la drogue et des dealers, c’est pas parce que des gens ont envie de dealer qu’on doit tous se droguer. Les journalistes, je suis très content qu’ils aient envie de savoir des choses, mais du coup je suis obligé de le faire.

Ce n'est pas ce que tout le monde dit!

Il y a des acteurs, actrices, qui se plaignent « j’étais à une table, ya un ou une journaliste qui m’a pas posé une seule question, c’est les boules », mais moi c’est mon rêve ! A Cannes, pour La Moustache, je n’ai pas eu une seule question. Et j’étais heureux avec mon verre d’eau. Je me disais « pourvu qu’il n’y en ai pas un qui fasse le malin ! ». Bizarrement si je peux passer inaperçu ça m’arrange, je fais des films et c’est tout.

Vous avez tout pourri. Je peux vous assurer que Cary Grant et Delon ne faisaient pas de tournée province ! On se demandait s’ils mangeaient et allaient aux toilettes comme tout le monde. Etux ils étaient peinards, vous vous réiez et le public allait voir les films. Vous avez tout pété ! Aujourd’hui on filme l’acteur au maquillage qui met son faux nez. L’acteur ça lui casse les couilles, vous, vous en avez marre parce que ce n’est pas ce que vous aimez, et le public se dit « on n’est pas dupes ».

Je pense qu’aujourd’hui je suis un des acteurs qui fait le moins de promo en France. Je me porte de mieux en mieux, mes films n’ont jamais aussi bien marché, et vous n’avez jamais été aussi contents de me voir que quand vous ne me voyez pas beaucoup. Je ne comprends simplement pas à quoi tout ça rime. Mais il faudrait tout changer…

Attention, il n’y a aucune fureur, ni colère dans ce que je dis. Je ne sais pas quoi dire sur Mathias, c’est tout.

Il faudrait inventer une autre forme, une vraie discussion, entièrement retranscrite. Là tout est recoupé, on change vos mots, le rédacteur en chef passe et dit : « non, c’est pas possible, il dit 3 fois couilles dans le truc... ». Et ça devient formaté, on répond tous les mêmes choses : "c’était super, yavait une bonne ambiance, j’ai bien aimé mon personnage parce qu’il est à la fois fort et faible. C’est un peu un rockeur au cœur tendre, les hommes ont un coté féminin, le rapport avec son enfant ça m’a beaucoup touché…" Il faudrait rentrer dans le truc, une vraie discussion, mais vous ne pouvez pas retranscrire tout ça ! Je préfère passer une heure à la radio, écouté par 2000 personnes, il ya la voix, l’émotion, plein de trucs qui passent. Mais même avec les bons journalistes on n’a pas ça. Je sais comment ça se passe, je suis fils de journaliste. Au final il faut couper en 2000 signes, avec une photo, et ma réponse est ridicule alors qu’elle était plus longue. Et elle n’est plus la mienne. Ca me saoule, c’est triste.

Si je lis « Vincent Lindon, acteur révolté et en colère », ça me saoule. Je suis pas révolté et en colère, on parle ! Et encore, ca c’est les bons. Les autres c’est du genre « lindon, toujours nerveux, bouge dans tous les sens, entre un rongement d’ongles et un tic « il nous a dit que » ». Ca fait 25 ans que ça dure.. J’en ai marre !



Commentaires

1. Le mercredi 2 juillet 2008 à 15:27, par P. Emmanuel

Vincent Lindon est un grand acteur; et il n'aime pas parler de son travail, de ce qu'il a tourné. Il fait des films. POINT BARRE. On peut comprendre que notre Fadette nationale, intervieweuse de chic et de choc, prête à TOUT pour décrocher la phrase qui tue, celle qui sera reprise dans tous les quotidiens, soit un peu surprise...

C'est ici pour les places de cinéma à gagner ?

2. Le jeudi 3 juillet 2008 à 00:13, par Fadette

Certes... Mais vous remarquerez, chers lecteurs que l'intervieweuse de choc ne s'est pas démontée, et a une bien jolie interview! Pour les places à gagner, c'est à côté...
3. Le jeudi 3 juillet 2008 à 15:56, par Joao

Je ne connais pas Vincent Lindon, et je dois dire que cette interview à suscité la curiosité chez moi... j'aime ses réponses et ses exemples concernant "l'amour" et les coups de foudres... Un grand bravo pour avoir mené cette interview à bien, et je file de ce pas sur la toile pour en apprendre un peu plus sur ce marginal...

Bonne journée à tous les lecteurs lectrices !

Rencontre avec George A. Romero

Par Fadette, mercredi 25 juin 2008 à 11:03

Le roi des morts-vivants c'est lui. George A Romero a toujours fait des films d'horreur, pour échapper à la censure et parce que ça lui plait. Rencontre avec un maître du cinéma de genre, toujours aussi inspiré dans son dernier opus: "Diary of the dead"

Dans ce film on a l'impression que vous rapprochez humains et zombies? Ce n’est pas exactement ce que je voulais faire... Apres Land of the dead, je ne savais pas trop où aller, mais le film avait été tellement énorme… Hollywood avait aimé, et on avait perdu les racines de tout cela. Et puis je voulais aussi parler des nouveaux médias, cette pieuvre aux multiples tentacules, avec une petite âme. Land of the dead avait été compliqué à tourner, ce que Diary n’était pas. Alors j’ai décidé de prendre cette idée de Diary et de le tourner dans une école de cinéma, avec un budget de 200 000$. Et puis quand j’ai eu fini le scénario, des producteurs l’ont lu, et ils m’ont demandé à quel point je pouvais le tourner « petit ». J’ai annoncé 2 millions, ce qui fait 4 millions avec les taxes et les syndicats etc. Et ils m’ont dit "ok, on y va pour le cinéma". C’est là que j’ai réalisé que je pouvais faire un film qui me plaisait, avec un contrôle total des choses, puisqu’il n’était pas cher. Je me suis embarqué dans un voyage un peu nostalgique, vers la première nuit où j’ai tourné, puisque j’ai filmé des étudiants en train de filmer quand « the shit hits the fan » (quand ça tourne mal).

Dans le film les personnages se filment... Avez-vous embauché vos acteurs comme caméramen? C’aurait été impossible. Il y a quelques moments seulement où il fallait que les acteurs tiennent la caméra, quand on devait voir leur reflet dans les miroirs par exemple. Mais pour le reste ça aurait été impossible. C’est vrai que les petites caméras permettent de tout filmer, mais ça a été tout de même le film le plus compliqué que j’aie fait. On l’a chorégraphié à l’extrême, notamment pour les plans à 360°, il fallait être préparé et précis. La seule raison pour laquelle on a pu le filmer en 20 jours c’est parce qu’on filmait 8 pages de scénario par jour ! On faisait 6 heures de répétition, et on tournait 10 minutes !

Une phrase choque dans le film: « Si ce n’est pas filmé, ça ne compte pas » On est tous devenus des junkies, des accros. On nous demande de plus en plus, à tous, d’être des journalistes, CNN reprend les tournages amateurs… Il arrive maintenant que les gens filment en espérant que quelque chose bad arrive. Après avoir vu quelques guerres télévisées, et quelques désastres filmés, je me suis dit que en fait nous vivions plus pour ces images, qu’elles valent plus que la vie de beaucoup de gens.

Vous posez une autre question : « mérite t-on d’être sauvés » ? Je dirais que oui, on le mérite. Dans cette voix off j’ai tenté de me mettre moi-même. Ca commence en voulant aider, tout filmer, et puis elle se retrouve, elle aussi, à manipuler un peu la vérité. Elle le dit d’ailleurs au début : "je vais vous manipuler". C’est le cas dans la blogosphère, ou sans le dire, les histoires, les images sont montées et « travaillées » autant que dans les médias classiques.

Ce personnage de Deb, la voix off, est donc proche de vous, de votre façon de voir les images, jusqu'à la manipulation? Je ne sais pas… C’est une vraie question. Pourquoi quelqu’un commente sur son blog su ce n’est pour vendre son point de vue, et participer au chaos, à la cacophonie ambiante ? Il fut un temps où il n’y avait que 3 chaînes, et Walter Konkrite était l’homme de confiance des Etats-Unis. Les gens se reposaient sur lui pour se faire une opinion. Aujourd’hui 1000 voix émettent 1000 opinions, et 1000 visages les incarnent, mais le public attend toujours qu’on lui dise quoi penser. Quand "Tony de Cincinnatti" commente l’immigration et que 1000 personnes se déclarent d’accord avec lui, je trouve ça un peu perturbant.

Pourquoi cet amour des morts vivants? C’est mon truc, et mon filon, voilà ce que c’est. Et c’est pratique : imaginez qu’on rase Washington à la bombe nucléaire demain : je peux y aller direct, y jeter une paire de zombies et faire un film !

A l’époque, vos films de zombies vous permettaient une vraie critique sociale et politique, sans censure. Est-ce moins présent aujourd'hui? Il y a tout de même des militaires qui vont voler ces gens démunis… Mais la vérité c’est que j’évolue aussi. Et il me semble de plus en plus que le problème vient de nous, pas des institutions. Le problème c’est qu’on laisse faire les Etats. Il me semble qu’on ait juste envie de suivre le flot, de rejoindre les tribus, sans même penser à créer notre propre groupe. Même aujourd’hui on mesure les votes des gens selon des groupes : les latinos, les blacks, les femmes… Et je pense que toute cette « blogosphère » ne fait que rendre les choses plus tribales

Après toutes ces expériences de zombies, savez-vous ce qu'il y a au delà de la mort? Des critiques ? Je ne vais pas si loin dans cette question je vous avoue. La mort pour moi peut représenter bien des choses, sans être spécifique, ça peut être un tsunami par exemple. Moi ce qui m’intéresse ce sont les humains, leurs tribus, face à des méchants, et leur façon de réagir, ou de ne pas réagir. C’est plutôt ça mon sujet.

Ce qui est étrange dans vos films c'est que face à des zombies, personne ne panique totalement... Une réaction contre-nature? Pas forcément. Dans Zombies et Dawn of the dead, ça colle… C’était des personnages de Comic Book, qui se sentent à part de ce qui se passe, parce qu’ils sont obligés de s’éloigner de tout ce qu’ils vivent et voient. Dans Dawn of the dead, un des personnages se fait arracher la tête : Scotty fronce les sourcils…

Tourner un film horreur permet encore plus de choses ? Je suis toujours surpris de voir que si peu de gens utilisent le fantastique comme métaphore, alors que c’est beaucoup plus libre. Je ne veux pas être Michael Moore, je n’utilise que des snapshots, mais c’est la façon dont je vois les choses. Et puis c’est plus simple dans le fantastique : vous n’avez pas besoin de finir vos phrases !

N'êtes vous pas un peu prisonnier de votre oeuvre? Bien sûr j’aimerais beaucoup qu’on m’appelle pour d’autres types de projets. Mais je ne suis pas piégé, j’aime travailler à l’intérieur du « genre », qui me permet d’exprimer ce que j’ai envie de dire, c’est plutôt un bon deal.

Ferez-vous une suite au film? Parce que le film a coûté si peu on l’a remboursé avec les préventes européennes. Et puis Les Weinstein l’ont acheté pour les Etats-Unis, et du coup on a fait beaucoup de bénéfices. Je ne sais pas si on fera une suite, mais si quelqu’un frappe à ma porte avec un chèque je ne dirais sûrement pas non.

Les femmes sont de plus en plus fortes dans vos films... Mes premiers personnages féminins faisaient tout ce que je pensais être féminin : elles tombaient, perdaient une chaussure, criaient… Avec le recul je m’excuse toujours pour cela, et mes personnages de femme sont de plus en plus forts !

Les films d’horreur vous font encore peur ? Ca fait longtemps que je n’ai pas eu peur au cinéma. Je suis immunisé, et puis j’intellectualise beaucoup. Depuis Repulsion rien ne m’a vraiment fait de l’effet.

Au générique on trouve de drôles de noms dans les voix off... Une fois le film fini on a commencé à monter la narration de Debra et les voix off des extraits de films et d’actus. On a essayé beaucoup de choses… Et puis pour finir Suzanne a enregistré Deb et moi je faisais toutes les autres voix avec le monteur. On s’est vite rendu compte que seulement trois voix pour un film, ce n’était pas assez. Alors j’ai appelé Stephen King, et je lui ai dit « ça te dit de faire une voix off ? » « Ouais »… On s’est vus dans un avion, et hop. Et puis j’ai fait pareil avec Quentin Tarantino, Guillermo del Toro, Wes Craven, Simon Pegg… Ils sont tous au générique. Tout le monde a dit oui ! C’était génial que tous mes potes me fassent confiance comme ça…

Toutes mes excuses chers lecteurs-cinéphiles!

Par Fadette, jeudi 19 juin 2008 à 16:51

Je vous les dois...

Voilà un bail que je n'ai pas bloggué... Et je me suis fait tirer les oreilles.

La vérité c'est que depuis Cannes les choses se sont un peu précipitées... Pour ceux d'entre vous, j'espère tous, qui ont suivi l'actualité, la semaine de "retour de cannes" a été celle de la "fête à Dany", et du supplément "ch'tis" de Nord éclair...

Et puis est arrivée une rencontre exceptionnelle...

Celle autour de JCVD.

Plus qu'une star, plus qu'un acteur, c'est un homme vraiment adorable que nous avons eu la chance de rencontrer pendant une heure dans le train qui l'emmenait au Kinepolis de Lomme. Gentil, sympa, et vraiment intéressant, Jean-Claude a pris le temps de répondre à nos questions, tout comme il a pris le temps ensuite de faire plaisir à tous les fans qui hurlaient derrière les barrières! Une rencontre incroyable que vous pouvez retrouver en intégralité en vidéo sur le site de Nord éclair: www.nordeclair.fr!

Alors vous voyez, j'ai de très bonnes excuses!




Commentaires

1. Le jeudi 19 juin 2008 à 18:30, par nini

Ah oui non ms c bon pour une fois hein!!!! Attention à vous! On garde l'oeil... Enfin, contente de vous retrouver, vous m'avez manqué, dis donc!

2. Le vendredi 20 juin 2008 à 10:24, par manulelillois

Venit tous les jours sur le blog et voir cette absence inexplicable (les effluves de Cannes, les frites de Belgique...?). Mais on pardonne, je n'ai qu'à avoir des amis cinéphiles ! Au fait, Fadette, la France est éliminée de l'EURO 92 ! et Indiana Jones 2 cartonne sur les écrans..; je plaisante

Rencontre avec Bouli Lanners pour Eldorado

Par Fadette, jeudi 19 juin 2008 à 16:44


C'est le petit bijou de la semaine... Eldorado, road-movie à travers une Belgique rêvée, emmène Eli et Yvan, un cambrioleur et son cambriolé, à la rencontre de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Rencontre avec un réalisateur à la coolitude non feinte, sympa, et intéressant... Ca n'arrive pas si souvent!

Cette histoire de cambrioleur c'est vraiment une vraie anecdote? Je suis rentré chez moi, et me suis retrouvé sur ma péniche à Liège entre deux cambrioleurs. On s'est mis à parler tout de suite pour désamorcer tout ça, ne pas se retrouver dans la rubrique faits divers. Et c'est comme ça qu'est né un embryon de relation, j'ai trouvé ça très beau. Et puis je me suis inscrit dans un mensonge par rapport à la police etc. Je les ai revus, et deux mois après ils sont revenus me cambrioler, et puis ça s'est arrêté, mais j'ai trouvé que c'était une belle anecdote pour raconter la rencontre. des fois les rencontres au cinéma ça sonne faux, là j'avais un début de scénario. Je dis pas que je les remercie mais...

La forme du road-movie est arrivée vite? Ca fait longtemps que je les aime. Mon premier court était un road movie, j'aime bien le genre. Même si a priori c'est pas possible en Belgique, puisqu'on part et que deux heures après on n'est plus en Belgique! Ou alors il faut beaucoup de coproductions. Pour Eldorado j'ai repoussé les frontières, je ne dis pas qu'on est en Belgique, et au niveau de l'image c'est pas non plus un film qui se veut être en Belgique. En fait je me fais plaisir. C'est difficile de monter un film, je me dis toujours que c'est peut être le dernier, alors je me fais plaisir.

« le dernier », c'est ce que vous disiez déjà pour ultranova... oui, et le troisième je vais le construire comme si c'était le dernier aussi... Un jour on m'a dit que seulement 30% des réalisateurs faisaient un deuxième film, et que de nouveau 30% en font un troisième. Il y a un numerus clausus, un passage. Et tout le monde me disait que le deuxième c'est le plus dur, qu'il valait mieux essayer de faire le troisième directement... Mais à chaque fois je me dis que c'est peut être la fin, autant travailler comme ça, donner tout ce qu'on a. Je n'ai pas de plan de carrière, mais s'il ne doit rester que ça de mon travail, je veux qu'au moins je n'aie pas de regrets.

Et de fait le second film est plus dur? Ah oui hein, et en plus je suis autodidacte, je n'ai jamais eu de réflexion par rapport à ce métier. Le premier film s'est fait dans une espèce d'innocence. Mais faire un film c'est un décollage du début a la fin, une oeuvre d'art qui devient commerciale, la vente, rentabilité, on perd cette innocence, et on sait que c'est fragile. On peut le faire avec tout son coeur, quelques petits détails suffisent à ce que ça ne marche pas, des coups de chance, la météo qui sublime une image ou non. Pour le deuxième... On se pose plein de questions. C'est la même chose: j'ai sauté une fois en parachute parce que je n'avais pas le choix. Je ne suis jamais remonté, c'est ça qui fait vraiment beaucoup plus peur.

Il y a quelque chose d'américain dans votre film... Vous le dites souvent. Déjà le road movie je l'associe a un truc américain. Et puis il y a ces images, alors que je ne suis jamais allé en Amérique. Je dis toujours que mon film ressemble au Montana, mais j'y suis jamais allé. Les gens du Montana ils vont bien rigoler en voyant mon film! c'est un rêve de petit garçon,j'ai toujours eu envie de croire que les décors qu'on traversait avec mes parents en Belgique étaient le grand canyon, les plaines... J'ai toujours eu envie de voir ça en grand. Pour que le spectateur ait envie, de voir le film je ne voulais pas que ce soit codé « film belge », avec un début/fin d'hiver. Je joue de l'imagerie d'un film américain en ne connaissant pas du tout l'Amérique.

Comment choisissez vous vos décors? Je me promène. C'est un processus long: j'accorde beaucoup d'importance aux décors. J'écris en roulant et en écoutant de la musique. J'ai des décors potentiels en stock. La recherche s'affine une fois que l'écriture avance. Parfois les décors influencent l'écriture. une fois que tout est en place, il suffit de peaufiner, raccorder les derniers choses. Ici c'est un road movie, il fallait avoir une chronologie dans les décors, j'avais fait un plan de route fictif des personnages...

__ Vous mettez en scène peu d'humains dans des décors très vastes.__ En fait il y a des scènes avec des figurants qu'on a tourné, mais elles ont sauté. Dans ce film ça sonnait faux. Je préférais le côté « peinture de Hopper », avec peu de personnages. Ca souligne la solitude des personnages et ça convenait mieux au film. On est dans un autre monde, en Eldorado, pas en Belgique. un monde plus perdu, ce qui rend le fait de rencontrer ces personnages particuliers beaucoup plus crédibles.

__ Vous êtes peintre, ça influe sur votre façon de filmer?__ Je n'ai plus le temps de peindre, mon atelier n'existe plus, les pinceaux sont secs, mais ça me manque. C'est vrai que j'ai plus une culture de plasticien que de cinéaste. Quand je parle avec mon chef op, on parle de peintures, on regarde des dias. Parfois il y a dans le film des paysages que j'aurais pu peindre.

Vous mettre en scène, c'était évident? j'ai besoin de trouver les décors moi même, et de m'y rendre beaucoup. je n'ai pas d'outils si ce n'est un viseur qui permet d'avoir l'image en scope avec des focales courtes. Je vais beaucoup dans les décors, 40/50 fois, me mets dans tous les axes, pour découper de façon assez précise avant le tournage, pendant le tournage, ça ré-explose. Après, tout cela est magnifié par le chef opérateur , qui est aussi un très bon cadreur...

C'est ce qui vous permet de vous mettre en scène? Je ne voulais pas jouer dedans, mais je cherchais un personnage qui me ressemble, parce que le perso d'Yvan est proche de ce que je suis. Et mon producteur m'a dit « fais le! ». Il a sorti plusieurs arguments valable, que c'était un beau rôle, une production intéressant, et puis « n'oublie pas, il y a deux salaires! » . Et puis je me suis dit que j'avais très peur de faire un deuxième film, alors autant que j'aie peur pour tout. J'ai beaucoup répété avec Fabrice, et puis on s'est simplifié la vie. Par exemple j'ai décidé qu'on n'aurait pas de maquillage, pour ne pas perdre une heure le matin. En 2minutes on était tous prêts. La seule chose c'est que Fabrice n'avait pas le droit d'aller au soleil, moi c'était l'inverse pour rester rougeaud. il faisait pitié. On a tourné une scène a liège, dans le quartier chaud, il y avait un périmètre de sécurité avec les flics, qui le viraient régulièrement parce qu'ils croyaient qu'il était un junkie, on devait aller le rechercher.

Faire l'acteur vous stresse toujours autant? Il faut bien vivre, j'ai une famille a nourrir. Mais je suis plus sûr de moi avec l'âge, je connais aussi plus de monde, je travaille avec des amis, des familles créées dans le cinema. Ca me plaît, même si j'ai toujours peur, et je crois que j'en ai marre d'avoir peur. a chaque fois je me dis « j'y arriverais pas », c'est un peu chiant, ça fait chier ma famille, mais je me remets en question tout le temps, ça ça va.

Astérix c'était aussi pour Benoît Poelvoorde, avez vous mieux vécu le tournage que lui? J'ai un peu mieux vécu que lui, je suis resté 3 mois en Espagne, ce qui était pénible c'est que c'était long, et la plupart du temps je foutais rien. A Alicante il n'y a rien à faire, on était en léthargie dans un faux village, avec des fausses vieilles maisons, des voitures électriques, des mariages le week-end, c'était une fausse vie totale. C'est ça qui était super pénible. Alicante c'est l'enfer, la non vie absolue, des ventilateurs, des retraités anglais, allemands, hollandais, mais ils ont tout enlevé, il n'y a plus d'eau, plus d'orangers. 30 000 strings sur les routes, ça sent la crème solaire partout, c'est l'enfer pour moi. L'équipe était explosée. Je me retrouvais souvent tout seul, c'est la mort. Mais c'est bien parce qu'on se rend compte de toutes les réalités du métier, moi je fais le grand écart. Et puis je me suis tellement fait chier que j'ai écrit la moitié du scénario déguisé en roi grec, et ça me donne un cote populaire dont j'ai besoin pour avoir une accroche dans la presse, pour que mes films qui ne sont pas a priori populaires puissent le devenir. En Belgique systématiquement dans les articles c'est « bouli lanners qu'on a vu dans Asterix »...