12 février 2009

César de la polémique

Il n'est « ni fâché ni vexé », mais un peu grognon tout de même. Dany Boon a lancé le débat, avant-hier, sur la place des comédies dans les César. Décryptage sur une petite polémique à base « Ch'ti » avec l'un des votants régionaux de l'académie.



« Ce sont les César qui boycottent les comédies, pas l'inverse ». Reste que Dany Boon n'ira pas, le 27 février, aux César. Il n'est pourtant « ni vexé ni fâché » de n'avoir reçu qu'une seule nomination pour Bienvenue chez les ch'tis, pour le meilleur scénario original. Non, Dany « ne réclame rien de plus pour son film », mais se trouve de trop dans une soirée « où la comédie est si peu représentée », dixit son communiqué.
Et c'est vrai que les nominations posent quelques questions. Alors qu'il a fait rire la France entière, et fait les beaux jours de nombreux « professionnels de la profession », on a l'impression aujourd'hui que Dany Boon se trouve relégué honteusement à la cave. Comme si le riche oncle avait été autorisé à payer le repas de Noël, mais pas à le manger à table...



Ni acide ni acerbe
Michel Vermoesen, exploitant du Métropole-Majestic-Duplexe, et président de la chambre syndicale régionale des exploitants, a voté cette année pour les César et comprend la réaction de Dany : « ce n'est pas un regret acide ou acerbe. Mais il a raison de défendre l'idée que la comédie est un genre à part entière, qui doit être reconnu par la profession. » Même si force est de reconnaître qu'on n'aurait pas vraiment pu nommer les Ch'tis ailleurs « cette année le choix est particulièrement compliqué, les 7 films en lice pour le meilleur film méritent d'y être. ».
Le vrai problème ? « Il faut comparer ce qui n'est pas comparable, avance Michel Vermoesen, Bienvenue chez les ch'tis est une excellente comédie, et on rit de bon coeur. Entre les murs est plus dans la recherche, Mesrine est à la fois un film d'auteur, un film grand public, et un film d'action... La compétition est rude. »
Un fossé infranchissable ?
Quant à un décalage de la profession et du public, l'exploitant n'y croit pas : « peut-être qu'avec l'Esquive ou Lady Chatterley c'était le cas. Cette année on ne peut pas le dire. Les nominations sont celles de films de grande qualité, dont certains, comme Séraphine, ont été ramenés par le public. Il n'y a pas de fossé entre le public et la profession. » Alors pourquoi cette absence du film tellement plébiscité par les Français ? « Il y a toujours, en France, un snobisme qui considère que le succès est suspect, et la comédie aussi. Alors une comédie à succès... » La solution viendrait-elle de la suggestion de Dany d'un César de la meilleure comédie ? « Je suis pour » avance l'exploitant. « La comédie a toujours été un genre difficile à réussir, considéré comme mineur, il est temps que cela change ». Mais la question de la définition de la comédie sera alors posée, humour, burlesque, rires, les comédies dramatiques seraient-elles aussi dans cette catégorie ? Et puis, qui dit que Bienvenue chez les ch'tis l'aurait remporté... Peut-être, finalement, est-ce bien un César du public, idée suggérée par les uns et les autres, qui devrait être remis sur la scène du théâtre du Châtelet.





POINT DE VUE

Humeur...


Reprenons donc. Il n'est ni vexé ni fâché, il ne boude pas, mais il n'ira pas, na ! Une question de principes ? Pourtant si le film avait été nommé plus largement, il n'y aurait pas eu de polémique, ni de César de la meilleure comédie, si ? Que Dany Boon soit fâché parce que la profession lui tourne le dos alors qu'il l'a engraissée pendant un an, c'est compréhensible. Qu'il nous fasse un caprice sur le thème du fossé entre le public et les professionnels, là, c'est trop. Rien de neuf ne pourra sortir du thème. Et si un nouveau César sort de la casse pour récompenser les comédies, est-ce que ce ne sera pas, finalement, contre-productif ? Entendons-nous, si on admet que parmi les 7 nommés au César du Meilleur Film, de Mesrine à Séraphine, en passant par Un conte de Noël, aucun n'a volé sa place, et qu'on crée du coup une catégorie de la meilleure comédie, n'est-ce pas là, la reconnaissance du « moins mauvais » ? Un lot de consolation ? Parce que faire rire empêcherait de faire un film de qualité, au niveau des comédies dramatiques et des drames ? Allons, Dany, est-ce bien raisonnable ? Quant au César du public, devrait-il être sujet au box-office ? Comment alors, se défendront les comédies qui ne sortent pas sur le même nombre de copies, n'ont pas les mêmes moyens de distribution ? Fait-on un prorata ? Non, finalement, il faut bien admettre que, si Bienvenue chez les ch'tis ne récolte qu'une seule nomination aux César, c'est qu'en face, la concurrence était rude, et que c'est la seule place logique qu'on pouvait lui attribuer.

Commentaires

Le genre de la comédie est un peu le parent pauvre du cinéma français. Pourtant, nos plus grands succès y figurent : la grande vadrouille,la série des "pierre richard", les bronzés et bien sûr, Bienvenue chez les Ch'tis.
Au début, Dany Boon avait prévu de louer que le haut du costume, persuadé de rester assis et de ne rien recevoir. Il y a là nature à faire un sketch.
Personnellement, je ne vois pas, hormis la catégorie du meilleur scénario original, où le film pouvait prétendre. Kad, meilleur acteur ?
Pour conclure, je suis POUR une catégorie "grand public". Les moules et les frites plutôt que la graine et le mulet !

Écrit par : P. Emmanuel | 12 février 2009

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