24 mai 2009

Nul n'est prophète en son pays?

Une petite demi-heure, pour clôturer 15 jours de cinéma, de sifflets, de hourras, d'enthousiasmes et de déceptions. Les rumeurs allaient bon train, le jury y a mis fin en dévoilant, hier, son palmarès.


Mise en garde d'Edouard Baer: le cinéma, ce n'est pas les paillettes, les smokings et les jolies robes, c'est du travail... Et le génial maître de cérémonie de décrypter les auteurs présents à Cannes autour d'un simple « passe moi le sel »: chez Almodovar on imagine un jeune homme qui se démaquille dans la chambre de sa mère,: « dame el sal ». Chez Jacques Audiard, il parle du manque de sel dans la cantine carcérale: « passe moi le sel ou je t'en colle une ». Chez Tarantino, vu le nombre de flingues, il vaut mieux le donner vite. Chez Hanneke, le type ne veut pas de sel, c'est un prétexte à parler des mines de sel, de l'exploitation des gens...


Un décryptage symptomatique de l'éclectisme de la sélection de ce 62e festival. Un décryptage qu'aujourd'hui nous faisons autour du palmarès délivré par le jury d'Isabelle Huppert.


On annonçait des surprises, on parlait d'un crêpage de chignon entre Asia Argento et Isabelle Huppert. On disait que James Gray faisait la tête. Et puis finalement, on n'a pu que constater que la présidente a un caractère bien trempé, et que le palmarès lui ressemble.
Elle a primé l'audace, les auteurs, et le risque.


Le premier prix remis fut le prix du jury, le « coup de coeur ». Et apparament, pas d'accord sur ce point là. Deux coups de coeurs furent donc remis, à Fish Tank, d'Andrea Arnold, et à Thirst, ceci est mon sang de Park Chan Wook. Le premier, plus « Ken Loach » peut-être pour contenter Isabelle, et le second, nettement plus gore, pour faire plaisir à Asia Argento?


La surprise vint ensuite, avec le prix du scénario, remis au chinois Meng Fai pour Nuits d'ivresse printanière, film tourné en cachette par Lou Ye, sur l'adultère et l'homosexualité. Autre audace du jury: le prix de la mise en scène accordé à Brillante Mendoza pour Kinatay. Un des films les plus sifflés de la croisette cette année!


Pour les prix d'interprétation, par contre, pas de surprise. C'est l'intensité qui a primé. L'intensité de Charlotte Gainsbourg dans l'Antichrist de Lars Von Trier. La française a donné de sa personne, allant au bout de son personnage, dans des scènes choc, et dans une émotion forcément admirable. Personne ne s'y est trompé, et la jeune femme est donc repartie avec son prix, non sans avoir remercié le festival d'avoir « l'audace de sélectionner des films comme Antichrist », remercié son mari et ses enfants, et évoqué le souvenir de son père.


Le prix masculin a, lui, été remis à un magnifique « Basterd ». Christoph Waltz campe dans le film de Tarantino un méchant très méchant. Un nazi, polyglotte, étrangement aimable, et franchement détestable. Un rôle qui illumine le film, fondamental pour Tarantino, qui avait même déclaré, en conférence de presse, qu'il n'aurait pas fait le film s'il n'avait pas trouvé Christoph. Et retour, puisque l'interprète de Hans Landa a remercié hier soir Quentin Tarantino de son énergie, et de lui avoir rendu sa vocation.


Vocation toujours, la présidente a remis au doyen des cinéastes, qui a confirmé qu'il n'avait pas l'intention d'arrêter, un prix exceptionnel. Alain Resnais, 87 printemps a reçu avec émotion, et lunettes noires, ce prix « surprenant » et invité tous ses interprètes, depuis des années, à se lever, parce qu'on ne « fait pas un film tout seul ».


Une phrase qu'à reprise le lauréat qui l'a suivi sur scène, pour remercier toute son équipe. Lunettes sombres, lui aussi, Jacques Audiard a donc reçu le Grand Prix du jury. Une récompense on ne peut plus méritée, pour le grand favori de la sélection. « Saisi d'un syndrome d'imposture », il était pourtant amplement justifié sur scène.


Et puis vint le temps de la récompense suprême, la Palme d'or. Un joli nid à poussière, qui vaut 20 000 euros tout de même. L'an dernier Sean Penn avait écarté Clint Eastwood du jury, de peur qu'on ne le taxe de partialité. Isabelle Huppert n'a pas eu cette peur, et remis la palme à son metteur en scène favori: Michael Hanneke. Le ruban blanc, son oeuvre, parle de la tempête qui couve sous le calme apparent d'une communauté protestante allemande dans les années 14. Un film en noir et blanc, très « auteur ».


Le couronner, c'est une nouvelle audace du jury, qui, décidément, a aimé, cette année, la surprise et la controverse. On eût aimé être petite souris dans les délibérations!

Commentaires

Et ben voilà... clap de fin de ce 62è festival de cannes. Et une confirmation : Isabelle Huppert est une dominatrice ! Rembarrés les Gray, Argento, Adjani,...Confirmés les Hanecke et Resnais.

J'irais sûrement voir "Le Prophète" et peut-être "Looking for éric" (si Fadette nous offre des invits !!!). Une pensée pour Pédro, encore bredouille : "ma, por qué no la palma, yo sé nadar !!"

Écrit par : P. Emmanuel | 26 mai 2009

hihihihi quelle bonne idée P.E pour les places que Fadette nous offrira pour Canto!!!!!
pis Fadette ya aussi Pedro que j'aimerais bcq voir!!!!!!!
apres tout on était vos fans les plus assidus sur la croisette alors!
;-D
c pas grave pr Pedro, Nadal va bientot le venger... niark niark..

Écrit par : nini | 26 mai 2009

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