15 juin 2009

Patrice Leconte, en intégral!

19488-_MG_7740.jpgIl est passé à Lille pour présenter son premier roman "Les femmes aux cheveux courts"...  Alors vous pensez bien que j'ai sauté sur l'occasion de plus d'une demi-heure avec Patrice Leconte... Une rencontre joyeuse, animée et, oserais-je dire, presque amicale...

 


Ca va, pas encore usé par la promo?

C'est quand meme plus cool que quand on fait des promos pour les films, parce que la duree de vie des films est plus courte, donc on a plein de journalistes a voir sur 2 semaines, on ne sait plus ce qu'on raconte! Là y'a 4 journalistes à voir à la suite mais ca fait une semaine ou 10 jours que je n'ai pas parlé de ce livre, et j'en reparle pas avant je ne sais combien de temps...

C'est le grand luxe promotionnel!
Oui, mais c'est important de faire ça, quelle autre occasion aurais-je de rencontrer les gens qui s’intéressent à mon livre… Dans la mesure ou c'est pas intense, et c'est pas mon 30e roman, donc je suis pas usé ça me plait. Ca me touche qu'on s'interesse a mon travaill, meme pour mon 25e film si on me dit « j'ai aime ça », ça continue à me faire vachement plaisir

Un premier livre à 61 ans, dites-donc, vous avez pris le temps !
C'est parce que, je n'aurais pas de moi meme eu le relatif culot de faire ça, souvent j'ai fait des trucs dans ma vie, des trucs importants dont je ne savais pas que j'etais capable, il a fallu une pichnette exterieure qui me donne envie. Pour ce livre, c’est le patron d'Albin Michel qui, il ya 6 ans, m'avait dit au détour d’une conversation, « ce qui serait bien ce serait que t'ecrive un roman un jour ». Je ne sais pas s'il m'a dit ça intentionnellement ou par dessous la jambe. Mai si j'ai mis du temps, c’est parce qu’il a fallu que,lui, e donne ce petit culot.

Est-ce à dire que vous aviez envie, sans oser ?

Je ne savais pas que je pouvais, eventuellement, avoir envie. Je n'en avais pas l'idee, ecrire ne m'etait pas etranger, bien sûr, j’ai écrit des scenarios, ce livre de souvenirs (je suis un imposteur), mais ecrire un roman, la forme la plus classique de l'ecriture, je n'en avais pas l'idée, l'envie peut etre inconsciemment, mais pas l’idée.

Vous sentez-vous toujours imposteur ?
Moins. Oui, mais beaucoup moins. Parce qu’on ne peut pas etre un imposteur avec un roman. Il y a ce rapport très calme mais très intime entre la chose ecrite et le lecteur ou la lectrice, on est tout nu. Au cinéma, on est entouré d’une équipe, d’acteurs, de gens qui ont du talent avec vous pour vous aider à en avoir un peu vous meme, là, on est tout seul. Si ce qu'on ecrit n’est pas tres interessant, personne ne sera la pour vous sauver, vous aider ? Je n’y avais pas pensé, mais ce sentiment d'imposture, relatif malgre tout, je ne l'ai pas ressenti là.
La seule chose, c’est que j’ai écrit ce roman en me donnant le mal qu'il faut pour écrire. Ca n’a pas été douloureux, ca a été joyeux, et ça m'a plu enormement, d'ailleurs j'en ecrirais d'autres. Mais l’eventuelle imposture qu'il pourrait y avoir, c’est si j’avais écrit ça en une matinee n'importe comment, là j'ai pris tout mon temps, personne ne l'attendait, ca n'a pas été laborieux, douloureux. Aujourd’hui quand on me fait des  compliments… J’ai l’impression d'avoir écrit avec tellement de legereté, que les compliments, meme si j'ai pas eu le prix nobel hein, mais les compliments me semblent un peu disproportionnés par rapport au simple plaisir que j'ai eu, un réél plaisir.

Vous êtes vous astreint à une discipline d’écriture ?
J’ai abordé le roman un peu comme j’aborde l’ecriture des films, en ayant une petite graine d'idée, qu'on nourrit, on y pense, je ne prend pas de notes, jamais, je sais grosso-modo ou je vais, mais pas de maniere precise, pour me laisser des libertes d'invention, je me laisse guider. Là, j’y ai beaucoup pensé a mes moments perdus, j’ai laissé les idées rebondir dans ma tête, et un beau jour j’ai tricoté le premier rang, et monté le pull, lentement, mais surement.
j'ai ecrit beaucoup l'été, beaucoup à vélo

Ce qui ne doit pas être pratique…

Non , mais l'esprit est libre à velo. je fais pas mal de velo a la campagne, j’aime les grandes virees, quand vous pedalez, le cerveau ne se liquefie pas, comme à coté d'une piscine, ou vous vous transformez en huitre, et la je pensais a des trucs, j’étais en train d'ecrire le roman, j’avais Thomas et Colette en tete, et je rentrais, je prenais une douche, et j’écrivais pour poursuivre tout ce que j'avais imagine. C’es un roman entierement ecrit a vélo!

Est-ce qu’on se découvre différemment dans une écriture romanesque ?
oui, parce qu'il ya un truc qui est tres different : quand on écrit un scenario, on sait qu’il faudra qu'un jour ou l'autre il devienne un film, quelque chose de tournable. Pour un roman, on est moins tenu par cet aspect de la question, on peut partir dans reveries. Mais le roman c'est une fin en soi. c'est ca que vous allez lire, vous, il n’y a pas d'intermediaire, vous aurez les mots precis. Un scenario, personne ne lira jamais ces mots là, c’est un travail litteraire, mais ephemere, qui vous aura demande du temps, du mal , de l’imagination, il vit quelque temps, et quand la chenille est devenue papillon, quand le film est la, on jette. C’est très particulier. Ecrire un scenario avec esprit, c’est utile pour quelques  lecteurs, mais presque vain.

Le roman c’est donc la liberté ?

C’ets plus de liberté, plus de calme, plus de solitude, mais aussi plus d'intimité. Pas de soi meme en train d'ecrire, mais entre soi meme et le lecteur, qui sera toujours une personne à la fois, et non pas un ensemble de personne. En écrivant j’avais le sentiment très très vif de parler à une personne. C’est important de sentir que cette phrase là ne va pas bouger, mais une personne, plus une autre, qui vont lire ca, rapport intime, je l'ai ressenti de manière assez forte, ça m'a porté. On ne connait pas plus les lecteurs qu'on ne connait les spectateurs, mais j’ai eu l'impression, en ecrivant, de parler à une personne. Alors que pour un film, on s’adresse à un ensemble de personnes.


Est-ce que, déformation professionnelle oblige, on dirige ses personnages ?
On les dirige oui, mais plus facilement que des comediens, ils ne peuvent pas raler, et font exactement ce qu'on veut.

Etes vous parvenu à vous passer des images ?
C’est un roman « à images » ! je suis plus un homme d'images, j’ai plus vécu avec des images que des idées, ce roman là  il convoque davantage d'images, de rencontres, de personnages, de dialogues, il a un aspect très visuel malgré tout, mais ça me va, c’est comme ça que j'ai imaginé beaucoup de chsoes

Dans votre livre tout le monde est gentil, tout le monde est beau… Vous fumez quoi ?
J’ai toujours pensé que les romans, ou les films, devaient être plus beaux que la vie. Etre come la vie, pas la peine, y'a déjà la vie. Plus moche que la vie, pas la peine non plus, merci bien. Alors j’essaye de raconter une vie, en grande partie révée, mais de faire vivre par procuration des moments positifs, jolis, avec une forme de bienveillance. La bienveillance c'est une « valeur or », mais pas très répandue je trouve. Et dans le bouquin je voulais, comme dans les films, que les personnages soient gentils, bienveillants, positifs, sans mievrerie. Qu'ils ne deviennent pas des nouilles pour autant. Je me référais beaucoup, puisqu'on parlait de carte postale, aux photos de Doisneau, qui mettent en scene des gens tous vachement gentils, aux dessins de Sempe, qui montrent des gens qu’on a envie de prendre dans nos bras, mais qui ne sont pas des nouilles. Doisneu, Sempe, ont un oeil qui n'est pas sarcastique, ni pessimiste, mais optimiste. J'ai conu Doisneau vers la fin de sa vie, j’ai diné avec lui, il avait exactemnet la tete et l'oeil que je m'attendais à voir. C’est un type qu'on sentait incapable de méchanceté, modeste, avec l’oeil qui petillait, il aimait les gens. Ca m'a plu. et c'etait pas une nouille!

On dit toujours que le premier roman est autobiographique… Ca vaut aussi quand on l’écrit après près de 30 films ?
Thomas n’est pas à l'oppose de moi-meme, il a des enthousiasmes, reveries, engouements, obsessoins, pas que capillaires, que je partage. Il n’y a pas d'autobiographie, je n’ai jamais consulte une voyante, ni travaillé dans une papeterie, il n’y avais pas de pianiste au dessus de chez moi, hélas.

Mais j’ai ses rêveries, ce qu’il vit, j’aurais aimé le vivre. Lqui a sa forme de timidité, suivre dans la rue, une jeune-fille jolie comme un coeur, avoir le culot de lui dire :  « je voulais juste vous dire que vous être très jolie, et je vous remercie d'etre si jolie, bonne soiree » et de s'en aller, on fait pas ça dans la vie, mais on devrait bordel de merde ! Si aujourd’hui on fait ca, la  fille va penser qu'on la drague, qu’on a envie de la sauter, parce que les rapports sont frelatés. J’ai souvent vu des filles jolies, j’avais juste envie de le leur  dire.. Mais j'ai jamais su faire ca, j’ai toujours pensé qu'elle allait penser un truc de traviole alors que mes intentions sont pacifiques. Je vais peut etre essayer, maintenant que je peux moins passer pour un dragueur vu mon age, je vais essayer de m'y metre. Mais putain c'est dur, faut bosser.

Quand vous tournez un film, vous travaillez en duo étroit avec Joelle Hache, votre monteuse. Ca ne vous a pas manqué pour ce livre ?
Il y a  deux collaborateurs, amis, qui sont hyper importants dans mon travail : Yvan mossian, chef deco,  faire un film sans lui, j’aurais l’impression que je me coupe un bras, et Joelle Hache, monteuse et analyse pertinente. Imaginer faire un film sans lui ou elle, c'est insupportable, mais, là, ne m'a jamais effleuré, même si je n’avais  qu'une hâte : leur donner le bouquin, une fois fini. Pour voir si ca allait leur plaire... Ca va. Ils me connaissent par coeur, et je ne suis pas totalement absent de ces pages là, en terme de tournure d'esprit, d'humour, d'obsessions. Mais c'est la moindre des choses, la sincerite, meme naive, il faut etre franc du collier. On n'est pas obligé de sa raconter dans un livre, on pourrait faire chier les gens, mais il faut au moins ne pas se traverstir trop, raconter les trucs qu'on ressent.

Avez-vous eu peur de la réaction du public ?

Oui et non, parce que je n'ai pas une très haute idée de moi-meme, je ne me suis jamais pris pour ce que je n'étais pas, à la limite, pour ne pas fausser les règles du jeu, je voulais le signer d'un faux nom ce livre... Mais mon editeur n’était pas pour. En fait, j’avais raison de ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas, j’ai sûrement rencontré plus de jorunalistes ou fait plus de télé parce que j'étais cinéaste, mais je n’ai pas eu ce que je redouais : « vous etes cineaste, qu'est ce que vous venez nous faire chier à écrire un livre? »

On vous dit sur un projet de film d’animation… Parce que vous en aviez marre des acteurs ? Parce que c’est la liberté ?
Ce n’est pas pour fuir les acteurs, j'aime trop travailler avec eux, mais c’est vrai que je découvre une liberté à laquelle je m'attendais pas, et qui est nouvelle pour moi, faire ce qu’on veut, comme dans un livre. C’est un producteur qui m’a proposé d’adapter Le Magazin des suicides, de Jean Teulé, en animation. J’ai  l’idée brillante, par rapport à ce livre, et que c’était une bonne idée de me le proposer a moi !

Est-ce que cela pourrait relancer vos envies de cinéma… puisque vous avez annoncé que vous arreteriez dans deux films ?
Ce que je vais à coup sur arreter de faire, c’est des longs metrages de fiction. Parce qu’il y a une forme de lourdeur dans le financement des films aujourd’hui… Ca va me fatiguer un jour, je préfère me tirer avant, mais j’ai par exemple un projet de film musical pour la télé, une opérette filmée, écrite avec Perruchon. Ce qui me gave un chouia c'est de me confronter au bon vouloir de TF1, machin etc, qui veut changer d'actrice, etc. Ca me va encore, mais plus pourtrès longtemps.

Opérette filmée, film musical comme Dogora, on vous sent prêt à changer de <voie> ?
Je pourrais tourner des docus, des reportages, ce que j'abandonne dans deux films, c'est vraiment les longs metrages de fiction. J'avais un projet assez scintillant, qui tombe à l'eau, et ça me pousse au cul pour ecrire un truc qui me trotte en tete, un petit film, comme Tandem etait un petit film, plus personnel, pres de moi, sans vedettes, où on pourra dire a TF1 qu'ils aillent se faire foutre !

 

Commentaires

Gonjour! J'adore sans restriction tout ce que fait Patrice Leconte, cet homme plein de talent et qui cultive l'amitié comme une perle rare. Surtout Patrice continue de travailler Marino JURET. Je t'envoie le Débredinoir A bientôt Bisous Marino

Écrit par : Mme JURET Marino | 20 octobre 2009

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