17 août 2009

Les sentiers de la non-gloire

basterd5.jpgCe qui est bien avec Tarantino, c'est que ses scénarios tiennent en une ligne: « une mariée dont la noce a été massacrée veut se venger de Bill », « Des hommes de couleurs préparent un casse qui tourne mal »... Ou, dans le cas de cet Inglorious Basterds: « Des mercenaires et une jeune juive veulent mettre fin à la seconde guerre mondiale...


Il y a donc Shoshanna. Jeune juive dans la France occupée de 1940, qui assiste à l'éxecution de sa famille par le colonel Hans Landa et ses hommes. La jeune fille s'échappe de justesse, et s'enfuit à Paris, où elle devient exploitante de cinéma.
Il y a aussi Aldo Raine. Le chef de la troupe de soldats envoyés en sous-main par les alliés pour déstabiliser de l'intérieur les troupes allemandes. Les « basterds » du titre, ce sont eux. Les méchants gentils, qui n'aiment rien tant que scalper leurs ennemis.
Et puis il y a Bridget Von Hammersmark. Actrice allemande, agent secret pour les alliés, qui retrouve les bâtards, et un nouvel agent, écossais...
Tout ce petit monde a un but: faire exploser/brûler/détruire le cinéma de Shoshanna, où se prépare une avant-première avec tout le gratin nazi.

Bon, d'un coup, ça fait plus qu'une ligne... Tant pis. Mais rassurez-vous, ça n'en est pas compliqué pour autant. On suit remarquablement bien l'histoire, tous les personnages sont bien dessinés, et suivis. Même si, du coup, on passe peu de temps avec chacun d'entre eux. Excepté pour le colonel Landa, pivot de l'histoire. Et c'est tant mieux. C'est peu dire que Christoph Waltz méritait son prix d'interprétation cannois. Il fait véritablement le sel de cette histoire, prouvant ce que l'on savait déjà: pas de bon film sans excellent méchant.

 

Dès la scène d'ouverture, il explose.

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Une scène qui rassure tout de suite sur les intentions de Tarantino. Il n'y a que lui pour filmer des gens qui parlent, et faire monter la tension, pour prendre des mots simples, et leur ajouter un double sens, qu'on ne comprend même pas immédiatement. Peu de réalisateur arrivent à tirer cette force d'images qui pourraient être banales. Pourtant, une fois encore, il fait monter la pression, et nous accroche, nous scotchant à notre siège en 10 minutes. Et, le pire, c'est qu'il parvient en même temps   à glisser entre deux semi-respirations son humour noir et grinçant si particulier. Et nous voilà partis pour 2h40 de bonheur. Du cinéma, fait par un amoureux du cinéma, pour les amoureux du septième art. Un bonheur pur.
C'est drôle, rythmé, méchant et parfois très bête. C'est aussi sous tension constante. Eh oui, parce qu'avec Tarantino, tout peut arriver, et on est parfois à un doigt de la catastrophe (même à 3 dans une scène qui deviendra elle aussi culte). La vérité historique? Il s'en contrefiche. Avec un culot monstre, il écrit sa version de l'histoire, celle qui l'arrange, et qui colle le mieux à son univers. Et finalement, nous aussi on s'en contrefiche, on se lance dans cette histoire avec le même enthousiasme que le réalisateur, et ses acteurs, qui s'amusent comme des fous.
Car, comme toujours chez Tarantino, le casting aussi fait rêver. Diane Kruger, Brad Pitt, Michael Fassbender, Eli Roth, Til Schweiger... Mais aussi la petite frenchie, Melanie Laurent. Elle est certes un peu en dessous du reste du casting, semblant moins s'amuser, mais c'est aussi ce que veut son rôle, finalement...

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Elle est aussi, du coup, le personnage le plus référencé du film, qui n'est pourtant pas avare en clins d'oeils et en hommages, logique, c'est du Tarantino... Des références, à commencer par la musique bien sûr. La fameuse scène d'ouverture? C'est un western. Donc, logiquement, la musique que Tarantino reprend c'est celle d'Enio Morricone, bien sûr. Qui d'autre? C'est lui qui devait faire la musique, mais ils ont eu des soucis d'emploi du temps... Donc Tarantino pille allègrement les autres films... Comme il pille les plans d'ailleurs. On lui pardonne volontiers, il le fait avec talent, et nous rappelle qu'un film de 2h40 peut passer comme dans un flash, et rester longtemps dans nos têtes! D'ailleurs, la dernière réplique est, elle aussi, du pur Tarantino: «  this might be my masterpiece », ou encore « ceci pourrait bien être mon chef d'oeuvre », sacré Quentin!

Fadette Drouard

 

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