11 novembre 2009

Le coup de coeur du moment...

Le mois de novembre, il fait froid, il fait moche... Et on se dit "et si on restait au chaud"? Grave erreur... Vous passeriez à côté du film du moment, de l'année... Le bijou, intelligent et fin de Terry Gilliam... L'Imaginarium du Dr Parnassus.

19110342.jpgImprononçable, mais magique!

Alors pour achever de vous convaincre, voilà une critique et l'interview intégrale du réalisateur, réalisée par votre serviteur à Paris...


Interview de Terry Gilliam

Un film qui parle des difficultés des artistes dans le monde actuel... C'est forcément personnel, non ?
>> Il était temps, je pense, d'être encore plus clair avec mes idées. Je voulais être transparent sur ce que je pense du travail de cet homme qui essaye d'inspirer les gens, de les encourager à ouvrir leur imagination, sans y réussir aussi bien que Spielberg. Tous les artistes, même si je n'aime pas ce mot, essayent d'ouvrir l'esprit des gens, en ouvrant un oeil neuf sur tout cela, alors que les gens, globalement, préfèrent sortir pour boire, ou faire du shopping... Je préfère leur vision du monde tel qu'il pourrait être.

Pourquoi le dire maintenant ?
>> Dans tous mes films j'essaye d'expliquer ce que je pense du monde au moment où je les fais. Quelques-uns sont plus simples, quelques-uns ont plus de succès. Et fait je deviens obsédé par une idée, et les films c'est une façon de les sortir de mon esprit.

Utiliser un « théâtre-charriot » ambulant, c'est aussi révélateur de vous ?
>> J'ai toujours aimé les cirques. À Los Angeles, où j'habitais, ils nous donnaient quelques dollars pour les aider à monter le chapiteau. J'ai toujours aimé cette idée d'artistes ambulants, un moyen de s'échapper du monde pour eux, mais aussi un petit monde un peu désespéré. Il y a des théâtres ambulants dans Bandits-bandits , dans Les aventures du baron de Munchhausen, et pendant que j'écrivais l'Imaginarium, je regardais le Septième Sceau... Ce sont des personnages libres, qui peuvent regarder la société d'un point de vie différents, et qui sont même parfois haïs. J'aime dans le film que le rêve de Valentina, qui vit dans ce monde fantastique, c'est une page de catalogue Ikea. Un « porno-normé » pour ainsi dire. Elle est dans un monde magique, mais elle veut du banal, et ça, ça m'intrigue chez elle...

Faut-il traverser le miroir pour vous rejoindre ?
>> J'essaye de démarrer l'imagination des gens. Je ne veux pas donner de réponse finale, j'attends de voir où ça va les mener... Avec les effets spéciaux, on donne du prémâché au spectateur, moi je veux qu'ils sortent du film avec leur propre idée de ce qu'ils ont vu, c'est l'imagination au travail qui m'intéresse.

19169799.jpg

Avez-vous déjà, comme votre personnage, pactisé avec le diable ?
>> J'ai souvent été tenté... Et la seule fois où j'en ai été proche, je me suis retrouvé, sur Les Frères Grimm, à travailler avec deux diables (les frères Weinstein, producteurs du film). En fait la façon dont le diable travaille à Hollywood est facile, on vous dit « on sait que tu veux faire ce film, mais fais le nôtre avant... »Alors il y a deux choix : le premier film est un échec et vous ne faites jamais le vôtre, ou c'est un succès, et le vôtre en est changé.
Heureusement j'ai souvent réussi à éviter ça.

Ne voudriez vous pas de l'immortalité?
>> C'est ennuyeux!Je pense que la vie est mieux avec des limites, et qu'on tente de faire tout ce qu'on veut entre deux, en comprimant le tout, pour mieux s'en échapper. Mais je peux comprendre que ça tente un vieil homme, qui tombe amoureux d'une très jeune fille, et qu'il veut redevenir jeune aussi.

Qu'avait Heath Ledger d'irremplaçable?
>> C'était un acteur extraordinaire, qui était bon tout le temps, il ne trichait pas, et avait toujours, même quand il jouait des choses stupides, une touche de gravité. Et ça, c'est très rare.

Peut-on encore rêver d'une reformation des Monty Pythons?
Non... On s'est vus la semaine dernière à l'Albert Hall, pour les 40 ans des Monty Pythons.. Et je crois qu'on s'est assez vus. Le problème c'est qu'on s'aime trop, et ça, c'est pas drôle du tout!

Quand vous faites un nouveau film, est-ce comme votre premier ou votre dernier film?
>> C'est toujours mon dernier film. Je me dis toujours que je ne m'en sortirais pas avec ce genre de crime une nouvelle fois. Alors je me dis prends l'oseille et tire toi, avant qu'on ne réalise que tu n'as absolument aucune idée de ce que tu es en train de faire. Ca ne peut pas être mon premier film, je n'ai plus la naïveté du départ, je sais ce qu'apportent ces questions d'argent, ça a détruit l'enthousiasme que je pouvais avoir du premier film.

Quel est le budget de cet Imaginarium?
>> 28 millions de dollars. Ce qui est peu cher selon les standards d'Hollywood. Mais c'est vrai qu'une minute derrière le miroir était très chère. Heureusement qu'on revenait vite à la réalité, moins chère. A Hollywood il aurait couté facilement le double... Mais il n'y a pas d'argent Hollywoodien dans ce film.

Quelle est votre place à Hollywood aujourd'hui? Etes vous bankable?
>> Ca dépend de la personne à qui vous parlez.

Qu'est ce que vos trois acteurs apportent?
>> Pas de dépenses en plus, ça c'est sûr, puisque leurs cachets ont été versés à la fille de Heath. Johnny c'est le premier que j'ai appelé quand Heath est mort. Parce qu'il était proche de nous deux. Je ne savais pas si je devais arrêter le film... Et il m'a dit « je serais là ». ET puis j'ai appelé d'autres amis de Heath, parce qu'il fallait que ce soient des amis. Jude et Colin étaient libres...
Mais je savais que Johnny devait être le premier à passer dans le film, parce qu'il ferait passer tout cela comme naturel, c'est une transition douce. Et puis Jude.. Il a cette énergie qui fait croire à un gars gentil, même s'il ne l'est pas. Et puis Colin... C'était difficile pour lui, c'est le méchant, mais il faut qu'on l'aime quand même, alors qu'il a une tête de méchant de toute façon!

19169803.jpg

Sur quoi vous basez-vous pour créer vos univers?
>> Surtout sur la peinture, en fait tous les moments derrière le miroir sont inspirés d'un peintre différent. Quand Jude est dans le miroir c'est le monde de Grant Wood qu'on est. Les scènes du bateau, c'est Maxime Perish, et puis il y a un peintre scandinave, Odd Nerdrum. La fin du film est un hommage à Meliès...

Comment s'est passé le travail avec votre diable, Tom Waits?
>> Il est extraordinaire, comme sa musique, il peut aller du sublime au plus sombre. C'est parfait pour le diable! En tant qu'acteur il est cool, détendu, comme un enfant, il écoute et découvre l'univers...

D'où vous vient votre passion pour le cinéma?
>> De Walt Disney, Kubrick, Bergman, Kurosawa, Meliès, Chaplin, Keaton... Et je peux continuer longtemps... Aujourd'hui j'aime toujours Disney, mais j'aime aussi Pixar, je leur ai d'ailleurs dit que je voulais bosser chez eux, même si ce n'était que pour balayer! Ce que j'aime chez eux, c'est que ce sont les créatifs qui sont les boss, pas les financiers...

Est-il vrai que vous relancez votre « Don Quichotte » ?
>> Le cheval a trois pattes... On devrait commencer à tourner au printemps, mais on ne sait jamais. On tournera au même endroit que prévu, mais sans Johnny Depp, c'est un pirate, maintenant.

 

 

19110341-1.jpgEt la critique de L'Imaginarium du Dr Parnassus...

Faire tourner le monde avec des (très belles) histoires...

Un chariot dans la ville. Incongru ? Oui, mais magique aussi... Magique, comme tout l'univers que Terry Gilliam nous offre dans son Imaginarium personnel. Magique, comme le septième art, et les conteurs d'histoires. Il y a très très longtemps, le Dr Parnassus a fait un pari avec le diable. Et gagné l'immortalité. Alléchant, mais pénible, quand on tombe amoureux d'une très jolie et jeune femme. D'où un pacte : la jeunesse contre les enfants qui naîtront de ce mariage, une fois leurs 16 ans révolus. Sauf qu'aujourd'hui Valentina a 16 ans, ou presque. Elle vit avec son père, Percy et Anton dans un chariot brinquebalant, offrant un spectacle unique : l'entrée dans l'imaginarium de Parnassus : un monde magique où le Docteur peut faire vivre à chacun ses rêves.

C'est à la veille de l'anniversaire de Valentina qu'on les retrouve, en fuite après un nouveau spectacle-débâcle. Le diable, Mr Nick, propose à Parnassus un nouveau pari : le premier à récolter 5 âmes gagne Valentina. Pendant ce temps cette dernière sauve un inconnu, pendu sous un pont, avec d'étranges inscriptions sur le front... Tony serait-il aussi un envoyé du diable ?

Tony c'est Heath Ledger, celui que, vraiment, on ne fera que regretter. Un comédien décédé pendant le tournage, que ses amis ont décidé de remplacer au pied levé. Terry Gilliam a donc sorti de son personnage 4 facettes vivantes : Heath, Johnny Depp, Colin Farrel et Jude Law. Une ubiquité que le talent de conteur de Gilliam rend naturelle. Naturelle aussi la coexistence d'un monde réel et d'un monde magique, avec un axiome très « Gilliam » : pas de réalité sans histoires. Soutenir le monde en contant, c'est ni plus ni moins que ce que croit le réalisateur, et il le démontre avec un talent indéniable. Il veut nous donner de quoi penser, des bases d'imagination... Il en ferait presque trop, si ce n'était pas si beau. Beau, magique, et terriblement intelligent. On n'a pas fini de penser à ce film, on n'a pas fini de le revivre, et de s'interroger. Et ça, Terry Gilliam l'a bien compris, c'est, aussi, ce qui fait tenir le monde.

Fadette

19169798.jpg

 

Commentaires

il est TROPPPPPP bien! Tu nous offrirais pas des places pour le revoir?

Écrit par : missa | 14 novembre 2009

Les commentaires sont fermés.