12 septembre 2010

Claude Chabrol, décès d'un amoureux de la vie et du cinéma

19044089.jpgInterviewer Claude Chabrol, c'était un bonheur. Un plaisir dont on se délectait à l'avance, un peu comme le repas du dimanche où on sait qu'on va retrouver un grand oncle marrant... Et tellement intéressant avec ses airs de ne pas y toucher.


Parce qu'une rencontre avec le cinéaste, c'était la garantie d'un bon moment. Un moment où on parlerait de cinéma, parce que même s'il prenait 19479918.jpgbien soin de le faire oublier sous des dehors de légèreté, Claude Chabrol était un bosseur, et un amoureux fou du septième art. Et la politesse de celui qui avait commencé comme critique aux Cahiers du Cinéma, c'était de masquer tout cela derrière une truculence et un rire contagieux. Si bien que la seule image qui nous reste de lui, quelle que soit l'année où on « déclenche », c'est un bonhomme hilare, cigare ou pipe à la bouche, l'œil rieur, parfois derrière ses grandes lunettes. Parce qu'effectivement, c'était la joie de vivre même, un bon vivant, et un excellent cinéaste.

Alors qu'il est issu de la bourgeoisie de la capitale, ses parents pharmaciens l'envoient dans la Creuse pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour faire ses études. Il y restera le temps de se licencier en lettres et en droit. Au grand désespoir de ses parents, qui rêvent de le voir reprendre l'officine, il quadruple sa première année de pharmacie.

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L'appel des salles obscures est trop fort. Le voilà critique pour diverses revues, avant d'entrer aux Cahiers du Cinéma, avec notamment François Truffaut. Dès 1955 il écrit donc avec ceux qui deviendront les maîtres de la Nouvelle Vague, le renouveau du cinéma français... Avec une spécificité cependant, dès le départ, là où ses collègues rêvent de naturalisme et de gens « normaux », Chabrol se passionne de suite pour le polar, le crime. En 1957 il signe avec Eric Rohmer un ouvrage sur Alfred Hitchcock.

La ressemblance ne cessera de se marquer. C'est poussé par Roberto Rossellini, maître, lui, du néo-réalisme italien, qu'il se lance dans l'écriture de son premier film. Quand Le beau Serge sort en 1958, il devient vite la vitrine de la Nouvelle vague. Et le début d'une carrière cinématographique exceptionnelle. En plus de 50 ans de cinéma, Claude Chabrol a signé près d'une soixantaine de films, et plus de vingt téléfilms. Impressionnant. Et même s'il s'acharnait à vouloir paraître un parfait dilettante, n'avouant être poussé à la réalisation que par l'attrait de quelques bonnes tables dans les environs des lieux de tournage, il ne trompait pas grand monde. Parce que ses films sont d'une cohérence exceptionnelle, parce que même s'il y a du moins bon, il reste une qualité, et un style qui feront dire à l'œil un peu averti « c'est du Chabrol » au bout de deux plans.

Sans compter une direction d'acteur à nulle autre pareille. Ce qui transpire dans ses films, c'est l'enthousiasme des comédiens, qui se coupent en quatre pour un réalisateur qu'on imagine sans peine derrière sa caméra, concentré mais débonnaire. Un amoureux du cinéma à l'œuvre, qui signera aussi des films que lui même n'hésitait pas à dire très mauvais. Sa devise? « On peut très bien prendre les choses au sérieux, sans les traiter avec sérieux ». Une méthode qu'il a éprouvée, faisant des films graves, avec la même apparente légèreté, de La cérémonie à Violette Nozières en passant par La fleur du mal ou encore Merci pour le chocolat. Mais qu'on ne s'y trompe pas, même lorsqu'il jouait à l'acteur pour les copains, l'oeil de Chabrol était sans faille. C'est comme cela qu'on le retrouve chez Sfar pour Gainsbourg, vie héroïque, ou encore chez Kervern et Delépine pour Avida où il est même crédité « le zoophile débonnaire ». chabrol6.jpg

Le dernier coup de Claude Chabrol? Une disparition qui n'aurait pas dépareillée dans un de ses films, qui nous enlève un grand réalisateur, et qui va nous empêcher de rêver à de futures rencontres, à de futurs films.

 

Fadette...

Commentaires

Très bon article Fadette, ca faisait loooongtempppps!!!!
:)
Et pensées pour ce grand grand monsieur du cinéma....

Écrit par : nini | 13 septembre 2010

Bel article, bel hommage pour un cinéaste hors-pair. Coup sur coup, la France a perdu deux grandes valeurs du cinéma français.

Écrit par : P. Emmanuel | 14 septembre 2010

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