05 mars 2011

Et si on allait au ciné?

black swan,true grit,portman,james franco,oscars,césars,colin firth,discours d'un roiOn me dit... Que ça fait un bail que je ne vous ai pas fait une collec' de mes critiques... Histoire que vous sachiez ce que vous pouvez aller voir de bien, ou de trèèèèès bien au cinéma ce weekend...black swan,true grit,portman,james franco,oscars,césars,colin firth,discours d'un roi


 

Option 1: un western comme on les aime... True Grit

Un retour au Far West qui a du cran

Hailee Steinfield, Matt Damon et Jeff Bridges, un trio de choc pour une épopée qui fleure bon la poudre de colt et le cuir des selles.  

À l'origine, il y a donc un livre. De Charles Portis. Une histoire forte que les Américains ont élevée au rang de « culte » au gré des générations. L'histoire de la quête de Mattie Ross, 14 ans en 1870. Une jeune fille qui n'a pas la langue dans sa poche, et réclame justice. Son père a été abattu de sang froid pour deux pièces d'or, par le lâche Tom Chaney. Un ancien employé qui s'est depuis réfugié en territoire indien. Pour le retrouver, et le faire pendre en bonne et due forme, elle compte sur la loi. Ou plus exactement sur son interprétation toute personnelle de la loi par Rooster Cogburn, US Marshal. Un homme haut en couleur, alcoolique, grossier... Tout le contraire du Texas Ranger LaBoeuf, lui aussi à la recherche de Chaney.


Trio de motivations
Une petite fille, un Marshal ivre et un Ranger texan droit dans ses bottes. Drôle de trio. Pourtant une chose les unit : chacun à sa manière a du cran, et un code d'honneur. Certes, un code bien personnel, mais un code et des principes quand même. Et c'est avec ces étranges idées mais avec une motivation sans faille et un cran indiscutable qu'ils chevauchent à la poursuite de Chaney, adversaires sans être ennemis.
Cette histoire vous dit quelque chose ? C'est que le livre, s'il est peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique, a déjà été adapté. Ca s'appelait 100 dollars pour un shérif, et c'est avec son interprétation de Cogburn que John Wayne a gagné le seul et unique Oscar de sa carrière, en 1969.
Pourtant, attention, ce n'est pas un remake que ce True Grit, les frères Coen tiennent à le préciser : c'est une relecture du livre. Et franchement, qui mieux qu'eux ?
Certes, leur No country for old men n'était pas tout à fait un western. Mais on sentait déjà chez eux l'envie de se coltiner le Far West... Voilà donc qui est fait et de quelle manière !
Que dire de ce True Grit, si ce n'est que c'est un petit bijou. Que la mise en scène des frères Coen, loin de se contenter de ce qu'ils savent déjà faire, se renouvelle sans cesse. Qu'ils embrassent ici les grands espaces de l'Ouest américain d'un revers de caméra. Jouant des codes, certes, mais s'autorisant aussi de vraies échappées lyriques, dont une cavalcade sous les étoiles qui nous laisse pantois.

Amusements pour adultes
Que dire, si ce n'est que leur direction d'acteur n'aura de cesse de nous impressionner. Que Jeff Bridges et Matt Damon « s'amusent sérieusement », et que ça fait un bien fou. Que le reste du casting est d'une justesse époustouflante, emmené par la jeune Hailee Steinfield, une découverte. Que le film tout entier est un petit chef-d'oeuvre, pensé jusqu'au dernier plan, sublime, joué avec bonheur et humour. Sans tomber dans le piège de la parodie. Que, finalement, ça nous fait un bien fou.
Un western pur jus sur grand écran, c'est un bonheur de cinéphile à ne manquer sous aucun prétexte !

 

Option 2: une aventure humaine...

127 heures

Bloqué « 127 heures »...

 

À 27 ans, Aron Ralston est plein d'énergie. Plein d'appétit de vivre. Avec un petit bémol : il aime le danger. En vrai « junkie de l'adrénaline », il cherche le frisson, la situation extrême pour se tester. Trekking, course, canyoning, rien ne lui fait peur. Casque vissé aux oreilles, il se filme, se photographie et repousse ses limites.
Les règles de base de prudence, il les connaît. Mais parfois, il lui semble tellement plus simple de les oublier. De ne pas dire où il va. De ne pas laisser d'itinéraire. De ne pas s'encombrer d'accessoires superflus.

Le défi de trop
Quand il part ce 26 avril 2003 pour les gorges de l'Utah, c'est donc sans que personne ne connaisse son plan, avec le minimum dans un sac à dos.
Quand un morceau de roche se détache, lui broyant la main contre la paroi, il est seul, sans espoir. Dans son malheur il a une chance. Aron est un garçon réfléchi, un ingénieur qui connaît son matériel. Et qui gère parfaitement ses limites. Le film de Danny Boyle, émérite réalisateur de Slumdog Millionaire, conte donc cette histoire. Ces cinq jours qu'il va passer seul, coincé dans une faille par son propre bras, avant de prendre une décision qui met en jeu tout son avenir.
Un film sur un jeune homme coincé pendant cinq jours par un rocher dans un endroit exigu et froid. Sur le papier, disons simplement que 127 heures ne part pas gagnant. Et pourtant... C'est un vrai film de cinéma que propose Danny Boyle. D'abord parce qu'il s'appuie sur un acteur qu'on n'attendait pas là. James Franco. Auteur, réalisateur et prochain présentateur des Oscars, il est aussi dans la liste des nominations pour la statuette du meilleur acteur. Et là encore, l'Académie ne s'est pas trompée.

Oscar ?

Pendant plus d'une heure et demie, il tient le film sur ses épaules avec une intensité qui nous bluffe. On le soupçonnait de pouvoir faire mieux que « belle gueule » dans Spider-Man, il nous le confirme.
Autour de lui, la caméra virevolte. Danny Boyle parvient à faire de ce film au personnage principal immobile et au lieu d'action étriqué une fresque humaine. Un film d'aventures profond, une vraie réflexion sur la condition humaine et la nature. Avouons qu'on ne s'y attendait pas. Et si certes, quelques passages sont un peu éprouvants, un rien « gore », ils n'en sont pas moins justes et ne virent jamais au spectacle inutile, heureusement. Une épreuve, une leçon de vie finalement assez subtile et un très beau film qui confirme tout le bien qu'on pensait de Danny Boyle et de son acteur, James Franco... Que demander de plus ?

 

Option 3: la royauté bégaye...

Le discours d'un roi

Enfin un « Discours » sans ennui !

Douze nominations aux Oscars, du meilleur film au meilleur acteur et une razzia de Golden Globes. La profession n'a pas tardé à confirmer tout le bien que l'on pensait du « Discours d'un roi ». À vous maintenant de partager le plaisir ! Il y a les films que l'on attend. Les oeuvres des grands noms du cinéma qui s'annoncent à grand renfort de buzz, de communiqués. Du tournage à la sortie, on les connaît, presque trop.
Et puis il y a ceux qui nous arrivent par surprise. Dire qu'on n'attendait pas vraiment la nouvelle réalisation de Tom Hooper, émérite metteur en scène de quelques épisodes de séries télé et de deux films passés très vite sur les écrans serait un euphémisme.


Certes son The damned unit avait fait mouche parmi les critiques, mais force est de constater qu'il n'était pas pour autant entré au « panthéon de ceux que l'on suit ».

Surprise royale
Et finalement, ce n'est peut-être pas plus mal. C'est du coup dans les meilleures conditions que l'on découvre son Discours d'un roi . Un titre étrange pour une histoire vraie de royauté... Voilà qui pourrait refroidir plus d'un aventurier des salles obscures. Qui se trouverait là pris en défaut : il ne faut pas rater ce bijou de cinéma. Certes, c'est une histoire de royauté. Celle, réelle et méconnue, du père de l'actuelle Reine Élisabeth. Nous rencontrons celui qui s'appelle encore Albert, Colin Firth, alors qu'il n'est qu'officier de la marine. Mari heureux, père comblé de deux fillettes, il s'acquitte tant bien que mal des obligations dues à son rang. Plutôt mal d'ailleurs, puisqu'il est frappé d'un bégaiement qui handicape ses discours en public, les transformant en suplice pour lui, et ceux qui l'écoutent.
Il fait pourtant ce qu'il peut. Consulte les meilleurs spécialistes, se plie à toutes les méthodes, même farfelues, mais rien n'y fait. Malgré l'indéfectible soutien de sa femme, il perd espoir. Jusqu'à ce que cette dernière déniche un dernier spécialiste : Lionel Logue, alias Geoffrey Rush. Un original. Peu importe, il semblerait bien que ses méthodes peu orthodoxes portent leurs fruits. Une relation forte va se nouer entre les deux hommes, plongés dans le chaos d'une Histoire en marche. C'est qu'Albert, suite à l'abdication de son frère, se retrouve à la tête d'un empire colonial qui pourrait bien être le premier rempart contre l'Allemagne nazie. Voilà donc le fond de ce joli film... Une histoire forte de « puissants » qui redeviennent humains.

Flegme britannique
Et cette touche « so british » qui fait tout. Parce que ce joli film est d'abord fort de ses comédiens britanniques. Tous les trois nommés aux Oscars pour ce film, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush et Colin Firth s'amusent. Et quand des acteurs de talent s'amusent... On apprécie. On apprécie aussi le ton du réalisateur, british toujours, qui joue la carte de l'humour et de la légèreté, malgré un fond sérieux. Le tout avec une fluidité et une maîtrise qui augurent bien de sa nomination aux Oscars comme meilleur réalisateur.
C'est drôle, fin et remarquablement joué. On aime sans réserve, on applaudit sans mesure et on apprend la leçon de ce remarquable Discours d'un Roi : pas besoin de violons hollywoodiens pour faire un film touchant. Pas besoin de gags lourds pour nous faire rire. Il suffit de talent...
Beaucouop de talent(s)

 

Option 4: la transformation créative...

Black Swan

Sublime chant du cygne de Natalie Portman

Nina saura t-elle jouer de ses deux côtés sans se perdre? Darren Aronofsky pousse sa mise en scène à chercher dans les miroirs.  

Un favori pour les Oscars... Qui mériterait ses récompenses, lui aussi. Le « Black Swan » de Darren Aronofsky, émérite réalisateur de « The Wrestler » et autres « The Fountain », arrive aujourd'hui sur nos écrans. Entre contrôle et passion, « Lac des cygnes » et schizophrénie.

Ça commence en douceur. Avec un corps gracile, des pointes, une ballerine qui interprète le Lac des cygnes. Elle est émerveillée de se trouver là, et puis le rêve vire au cauchemar. Abîmée par un monstre noir, la danseuse part vers la lumière. Natalie Portman se réveille. Et s'étire. La jeune femme, Nina, est une danseuse. Dans le corps de ballet, elle commence à se distinguer et cette fois le chorégraphe a promis de « l'utiliser plus ». Bienvenue dans un monde de douleur et de travail. De répétitions incessantes et de rivalités. Parce qu'être soliste, c'est un combat. Mais être étoile, c'est une lutte, à mort.

Mortelle perfection
Nina le sait, elle qui court sans cesse après la perfection, oubliant, ce que lui répète son chorégraphe, que c'est aussi perdre le contrôle. Du geste et de l'esprit.
Or, poussée par une mère pour qui elle est l'accident qui a nui à sa carrière, elle s'enferme dans ses apparences. Quand Nina est choisie par le chorégraphe pour être le rôle titre du Lac des cygnes, elle se retrouve à devoir jouer à la fois le cygne blanc et son double, le cygne noir.
Passer de la pureté à la séduction, du rose poudré au rouge incandescent va réveiller en elle beaucoup de choses. Un peu trop peut-être. Parce qu'entre sa mère, le chorégraphe et ses rivales, Nina va basculer. Sombrer.
C'est une histoire en or. Avec de la beauté, de la monstruosité, de l'intime et de l'universel. Une histoire d'ambition et de bataille personnelle. Le tout dans un univers qui reste fantasmé, où la douleur fait partie du quotidien, malgré tout.
Alors bien sûr, les spécialistes diront que ce monde n'est pas le vrai. Mais peu importe. La caméra d'Aronofsky décide du sien, et le capte à merveille. Le réalisateur en utilise le moindre recoin pour mieux mettre en avant son héroïne et sa schizophrénie. De l'anorexie aux rapports troubles à soi-même, du contrôle du corps au rapport à la sexualité, des relations entre danseuses à celles de Nina et de sa mère, il n'oublie rien. Il creuse, inexorablement. Et construit peu à peu une réalité où on ne sait plus vraiment ce qui est vrai et ce qui est fantasme. Il mélange les images. Et les sons. Il les amplifie, les déréalise. En tordant la réalité de Nina, il impose au spectateur son épreuve. Il force l'empathie jusqu'au malaise, jusqu'au drame. Une mise en scène qui sait pourtant se faire oublier, se mettant entièrement au service de ses acteurs. Et quels acteurs. Nina, c'est donc Natalie Portman. On a tout dit sur sa prestation. Une chose est pourtant certaine, son Oscar, elle le mérite. C'est une performance, sans artifices, d'une justesse impressionnante. Autour d'elle, des grands... De Winona Ryder à Vincent Cassel en passant par la brûlante Mila Kunis. Un casting trois étoiles, bien sûr, remarquablement utilisé.
Le tout bien sûr fait de ce film une oeuvre fascinante, l'une des plus abouties de Darren Aronofsky, qui continue là une brillante exploration de la psyché humaine, de ses failles et de ses défenses.

 

Les commentaires sont fermés.