15 novembre 2011

On n'est pas sérieux quand on n'a pas 16 ans?

sleepingbeauty-avousdejuger.jpgLa commission de classification a rendu sa décision, le Ministre confirmé la sentence, Sleeping Beauty est interdit aux moins de 16 ans.


 

Pourquoi? En raison "d'incitation à la prostitution, climat malsain et pervers" avant de justifier de cette interdiction "En raison de la peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune et susceptible de heurter ce dernier". 

Bon.

sleepingbeauty23456.jpgSi je n'avais pas vu Sleeping Beauty, j'avoue que j'aurais peut-être été intriguée. Là, juste, je ne comprends pas bien (certes, je suis blonde, mais quand même).

Je vous avais déjà parlé du film, rappelez-vous, c'était à Cannes, en mai dernier. L'histoire est donc celle d'une jeune fille qui ne parvient plus à payer ses études, et va entrer dans un drôle de milieu. Le deal? En buvant une étrange décoction, elle s'endort profondément, et laisse des hommes jouer avec son corps. Une seule règle, pas de pénétration.

Alors certes, c'est étrange, violent psychologiquement, dérangeant. Mais sérieusement, si à la sortie du film une jeune fille trouve que c'est une bonne idée pour gagner des sous... Je pense qu'elle a d'autre problèmes que le simple fait d'avoir vu Sleeping Beauty. C'est peu dire que la réalisatrice ne cautionne pas... Disons que je suis une "jeune" fille, et que je ne vois pas comment la réalisatrice "incite à la prostitution".

Pas plus que Blue Velvet n'incite au bonheur conjugal. Que Melancholia n'incite à la joie de vivre. Ou que Cendrillon incite à faire le ménage. (oui, je sais, drôle de liste, mais dans le principe de l'absurde).sleepingbeauty21.jpg

Alors oui, je l'accorde, le climat est dérangeant. Comme dans les meilleures heures du cinéma d'ambiance, Julia Leigh crée une atmosphère (atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère) pesante, une épreuve pour le spectateur. Mais elle ne le fait pas pour rien, rien n'est gratuit, et rien n'est vulgaire.

Qu'on prévienne les spectateurs de ce qu'ils vont voir, je suis peut-être un peu naïve, mais j'ai toujours trouvé que c'était notre métier, à nous, journalistes. Qu'on leur dise que non, Sleeping Beauty n'est pas une nouvelle version Disney de La belle au bois dormant, je pense que c'est salutaire.

Mais pourquoi une interdiction? Confirmée par le Ministre de la Culture après l'appel de la société de distribution, je tiens à le préciser. Est-ce qu'un avertissement n'aurait pas été suffisant? Ou est-ce que simplement le fait que les hommes qui dorment avec la jeune héroïne soient en majorité des cinquantenaires "petit bourgeois" résonne trop fort avec une société actuelle? 

Et puis j'avoue que j'aime beaucoup la défense de la réalisatrice: " Selon moi, s'il y avait un film incitant à la prostitution qu'il aurait fallu interdire à des mineurs, c'était Pretty woman car l'héroïne, jouée par Julia Roberts se prostitue et à la fin du film, elle gagne le cœur de Richard Gere ainsi que sa fortune, dressant un portrait idyllique et mensonger de la prostitution. » Julia Leigh précise : « Sleeping Beauty se réfère au conte du même nom, mais aussi aux œuvres de Yasunari Kawabata et Gabriel Garcia Marquez, qui ont tous deux reçu le Prix Nobel de littérature, et qui ont abordé cette thématique des hommes âgés dormant avec des filles bien plus jeunes. Et même dans la Bible, le Roi David cherche à passer la nuit aux côtés de jeunes vierges. »

Bon, voilà... Je ne pensais pas écrire un tel papier un jour, mais j'avoue que j'ai du mal à comprendre. Pour ceux qui se disent que ce n'est pas si grave... Ok, voilà une pub qui tombe à point nommé pour le film. Mais pour avoir entendu des "il paraît que" complètement faux sur pas mal d'oeuvres, je sais à quel point ce genre de controverse peut peser sur une sortie de film, sur des entrées. Et quand le cinéma était au rendez-vous malgré tout, ça en devient dramatique.Et je ne parle pas des attaques contre Kassovitz qui a eu le malheur de faire un film et non un documentaire, de ceux qui refusent les interprétations, des mots qui échappent, ici et là...

Je n'aime pas, par définition, qu'on appose sur une affiche les mots "immoralité" ou encore "blasphème"... Ca me paraît toujours un peu dangereux. Là, en l'occurence, il s'agit de se couvrir, au cas où... Au cas où on choquerait, au cas où on ferait réflechir?

Après tout, ne serait-il pas plus simple d'interdire d'interdire, et d'apprendre à tout le monde à regarder autrement le cinéma? Oui, je sais... Mes illusions me perdront...

 

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(j'avoue que je me fais aussi du souci pour Cronenberg, Lynch et consorts... Pas trop, finalement, pour les Experts et autres dépeceurs sur petit écran, étrangement épargnés par les interdictions, alors que même moi (oui, même moi!) de temps en temps, je suis à la limite du choc)

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