19 octobre 2012

Depardieu, ogre du cinéma dans le texte...

depardieu,astérix et obélix,edouard baer,uderzo,goscinnyPour son partenaire, Édouard Baer, il est « devenu » Obélix, se confondant avec le dessin d'Uderzo, mais il reste aussi l'un des acteurs les plus reconnus du cinéma hexagonal, l'un des plus «ogres » et les moins gérables, aussi...



Se préparer à une interview avec Gérard Depardieu ? On peut toujours essayer. Mais il y a fort à parier que la préparation finira aux orties. Alors on apprend à se laisser porter par les humeurs du monsieur, à profiter de ce qu'il offre. Qu'on ne se trompe pas, c'est lui qui choisit, sans aucun regard pour les attachés de presse qui font des plannings. Aux orties, eux aussi.
Ce dimanche-là, dans les salons d'un palace parisien, on attend donc l'équipe d'Astérix et Obélix. On nous apprend que les interviews se feront par binômes, que Depardieu sera assis avec Baer.

Et puis on nous dit que non, Baer sera tout seul, Gérard en a marre. C'est une surprise, du coup, quand il s'asseoit en lançant « Bon, alors, on est là pour quel film ? ». Il y a le sourire face à cette apparente désinvolture et cette présence incroyable, qui ne doit pas qu'à l'embonpoint qu'il partage avec son personnage de gaulois à braies rayées. On tente une question. À laquelle il ne prend même pas la peine de répondre. Et le voilà qui nous questionne, avide de savoir « ce qu'on en a pensé ». Il choisit ses thèmes, enchaîne les réflexions sur un métier qui semble encore -un peu- l'amuser. Il balance, sur lui un peu, sur les autres beaucoup.


Se fout du politiquement correct. Peut proférer une horreur qui ferait rougir les oreilles les plus dépravées, et s'excuser d'un même souffle à notre encontre d'un « pardon chérie » tout aussi sincère. Peut philosopher sur la « pauvreté » des questions des journalistes sans pour autant nous laisser en placer une, de question, tout en arguant : « Peut-être est-ce parce que vous connaissez ma vieille tête et que je vous emmerde... » Il ne nous reste plus qu'à suivre le modèle d'Édouard Baer : être spectateur, fasciné par cet ogre aux appétits débordants.


Il est un Obélix sans naïveté, plus rabelaisien que romantique en vérité. Mais il est Obélix, indéniablement, et ça le réjouit : « Obélix, c'est moi ! Énooorme . Et ça m'enchante à chaque fois de retrouver sa vulnérabilité. J'ai une tendresse particulière pour ce rôle qui me sauve de beaucoup de conneries. Et croyez-moi, je n'en suis jamais à l'abri. » Étrangement, on le croit.

A ses côtés Édouard Baer tente de canaliser, de noyer les digressions un rien salaces dans les rires. Gérard n'est pas dupe, s'en amuse autant qu'il s'amuse de ce métier qu'on fait parfois avec trop de sérieux : « j'ai eu la chance d'être un saltimbanque. Moi, je m'en tire toujours. Je m'amuse avec la vie. Je suis extrêmement respectueux de la vie et j'ai envie de donner, de partager. Et surtout j'aime les gens qui donnent. » On lui parle de Marielle, qui a pris sa place dans Les Seigneurs, il répond simplement : « c'est mieux que ce soit Marielle, c'est un grand homme. Comme Jean Rochefort, Michel Bouquet... Tous ces acteurs qui sont des monuments. C'est autre chose ! » Autre chose que lui, s'entend.

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Venant d'un autre, ça paraîtrait « trop ». On oublierait presque qu'on est face à un acteur qui incarne à lui tout seul un certain cinéma français, celui de Truffaut, de Pialat, qu'il regrette dans une tirade qui mélange les « 20 films qui sortent par semaine », les journalistes « il y a un souffle qui sort un peu de ce que vous nous dites », et le public qui « passe à côté du cinéma. Maintenant ce qu'on a c'est des analphabètes qui tapent dans un ballon. Toutes ces conneries. » Mais rien de personnel : « Je suis désolé, je ne dis pas ça pour vous, je constate simplement que ça me tue. »

Tuer l'ogre ? Les enfants de ciné nourris aux belles histoires que nous sommes savent bien que c'est plus compliqué que cela. Sans oublier que c'est un artiste que ce « monstre » là, un artiste qui est partout, nulle part, et jamais où on l'attend : « j'ai beaucoup tourné, pour gagner de l'argent. Mais je suis un baladin et j'ai d'autres chattes à fouetter. J'ai des restaurants, des amis dans le monde entier... » Tiens, d'ailleurs, voilà le téléphone qui sonne, tant pis pour nous, on a perdu Depardieu... Jusqu'à la prochaine audience.

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