22 octobre 2008

High School Musical 3, interview du casting, y compris Zaaaaaaaaaaaac!

Conférence de presse du 1er octobre, à l'hôtel Bristol, à Paris

hsm3.jpgVanessa Hudgens, Corbin Bleu, Kenny Ortega, Zac Efron, Ashley Tisdale


Passer de la télé au grand écran, ça fait quoi?
Corbin Bleu: Tout est magnifié, sur un écran géant. sur une grande chorégraphie, on ne peut pas se permettre d'avoir une seule personne qui ne soit pas dans le rythme. Et puis au niveau du jeu aussi, si jamais on est dans le sur-jeu, ça se voit tout de suite, il faut être plus subtil.

Vanessa Hudgens: On s'est dit qu'on avait vraiment, encore plus cette fois, la possibilité de créer quelque chose d'énorme. On a des numéros musicaux à grande échelle, comme « I want it all ». On a vraiment pu s'amuser avec tout cela.

Ashley Tisdale: C'est mon premier film sur grand écran, et je suis vraiment fière de nous tous. J'ai l'impression qu'on a enfin eu notre diplôme de cinéma!

Zac Efron: C'était vraiment motivant de faire le film, comme si on se disait qu'on pouvait enfin faire de HSM ce qu'on voulait en faire dès le début.

Combien de temps avez vous travaillé les chorégraphies?
Corbin Bleu: 5 semaines. Pour apprendre, et élaborer, les chorégraphies, et fignoler les numéros musicaux.

Kenny Ortega: En fait avant d'appeler les acteurs, je m'enferme dans une pièce avec le chorégraphe, et nous décidons des numéros. Et puis les acteurs arrivent, et dans le même temps nous conduisons des ateliers, et des répétitions. On a un grand hangar à Salt Lake city, divisé en 4 espaces, et ça bosse comme à l'usine!

pourquoi passer au cinéma aujourd'hui, si ce n'est pour des raisons économiques ?
Kenny Ortega : C'est toujours un plaisir de se retrouver, depuis le temps qu'on bosse ensemble, on est presque une famille. On aime aussi les personnages, et le film nous permet, aussi, d'approfondir les personnage et leur psychologie. Le cinéma nous permet une histoire plus complexe, et plus sophistiquée.

hsmp67.jpg


Comment expliquez vous le succès de HSM?
Zac Efron: Je pense que les thèmes de la saga parlent à tout le monde, dans tout le monde. Et puis être ado c'est être ado, peu importe où on grandit. Le lycée n'est pas une période évidente, et dans HSM... Ben on le chante.

Est-ce vraiment la réalité des ados aux USA?
Kenny Ortega : On n'a jamais dit qu'on faisait un documentaire! On nous demande souvent si, vraiment, le lycée se passe comme ça aux USA.. Mais vous savez, c'est ça la beauté du cinéma, nous on raconte une histoire, dans ce monde coloré qu'on a créé.
J'ai toujours aimé découvrir les cultures d'autres parties du monde, et j'imagine que pour beaucoup c'est pareil, HSM leur donne une possibilité de découvrir le lycée américain.

Y aura t-il un quatrième High School Musical?
Kenny Ortega: On a fait HSM 3 grâce au public, alors s'il y a un quatrième volet, c'est à vous de nous le dire, pas à nous de le décider.

Quels sont vos meilleurs souvenirs des trois tournages?
Vanessa Hudgens : j'ai des très bons souvenirs des trois. Le premier film restera toujours le début d'une aventure énorme. On s'est amusés, et on s'est connus. Mais le troisième restera mémorable, bien sur, parce qu'on est très proches, et que c'est la fin du lycée.

Ashley Tisdale : Je connaissais Vanessa et Zac depuis 2 ans avant de faire le premier film, et c'était comme travailler avec vos meilleurs amis. Le troisième est un peu doux-amer, parce qu'il faut laisser tout cela derrière nous.

Est-ce qu'aller à la Fac fait partie de vos projets d'avenir, comme pour vos personnages?
Zac Efron: Je sais qu'un jour j'irais en fac, ça fait partie de mes plans depuis toujours, mais j'ai été très occupé dernièrement.

Ashley Tisdale : J'aime ce que je fais aujourd'hui, même si je sais qu'un jour j'irais probablement en fac, prendre des cours d'écriture et de littérature. Mais ça c'est ce que j'ai toujours voulu faire.

Corbin Bleu : Dans ce monde, il y a des opportunités, des moments à saisir. Et une fois que le train est parti, vous ne pouvez plus monter à bord. Si vous y êtes et que vous descendez, rien ne garantit que vous pourrez remonter... J'ai été accepté à l'université de Stanford, et j'ai repoussé ma rentrée... Ce qu'on a avec HSM, ça n'arrive qu'une fois dans une vie.

Vanessa Hudgens : je m'amuse énormément en ce moment, en dansant, et chantant... Un jour je sais que j'irais en fac, mais pour l'instant, j'aime ce que je fais.
hsmp5.jpg



Quelles sont vos scènes préférées?
Ashley Tisdale : « i want it all », le numéro musical de Sharpay... On passe de Bop to the top sur une échelle à des changements de costumes et de décors..

Zac Efron : la scènes sur « the boys are back »... Parce qu'il y a longtemps qu'avec Corbin nous voulions faire un numéro. Et puis les parties où n est tous ensemble, parce que c'était des jours très fun, et particulièrement improductifs.

Vous avez tous, ou presque, des carrières musicales... Les continuerez vous?
Ashley Tisdale : j'aime vraiment avoir la possibilité de faire de la musique, parce que c'est quelque chose qui m'appartient, à moi Ashley, et non pas à Sharpay. Je suis en train d'enregistrer mon second album, qui devrait bientôt sortir.

Corbin Bleu : je suis au milieu de l'enregistrement de mon second album. On me demande beaucoup ce que je choisirais entre la musique et le jeu, mais c'est comme de me demander si je préfère respirer ou manger... La scène, le studio, ce sont des moments personnels, alors que la caméra vous permet de plonger dans la vie de quelqu'un d'autre. J('espère pouvoir continuer dans les deux voies.

Vanessa Hudgens : j'aime la musique, et j'ai eu la chance de faire déjà deux albums. C'est une grande partie de ma vie;

Zac Efron : Je pense, c'est la réponse la plus courte que je puisse vous faire, que je préfère le jeu...
hsm5.jpg

21 octobre 2008

Interview de Marie Gillain et Philippe Muyl pour le film "Magique"

magique3.jpgPourquoi ce titre un brin mystérieux?
Philippe Muyl: Il y a 20 ans Jérôme Savary a créé le Magic Circus, qui ressemble un peu à mon cirque... Et puis j'aime bien le mot, je trouve qu'il sonne bien, et qu'il est graphique à la fois. Et j'avoue que j'aime les titres de films simples.
Il correspond aussi à l'ambiance que je voulais donner à ce film, un mélange de réalisme et de poésie. A l'arrivée c'est la sensation qu'on a une fois le film terminé je crois, il porte bien son nom.

Comment vend-on aux financiers un film comme celui là, entre poésie et onirisme?
PM: je n'ai pas parlé de l'onirisme, parce que c'est un mot un peu flou pour moi. Et puis en tant que spectateur, si on me dit que quelque chose est onirique, ça me fait un peu peur. J'ai parlé de l'histoire, des thèmes, des personnages, et avec le cirque est arrivée cette dimension un peu merveilleuse.
Mais c'est vrai que le chemin a été compliqué pour ce film, sûrement plus ardu que pour un film normalement. L'ambition qu'on avait a rendu sa genèse plus longue... Mais j'ai la mémoire courte, je ne me rappelle que du meilleur. Avec ce film on revient du trou, on a eu de la chance... Et une vraie énergie commune sur le tournage.

magique1.jpgComment avez-vous choisi vos acteurs?
PM: Marie je l'avais en tête dès le début, et je lui ai proposé avant même que le scénario ne soit fini. Cali... je lui ai proposé de faire la musique des chansons que j'avais écrites, ça été une vraie rencontre. Antoine, je le connais depuis longtemps...

Marie, comment on reçoit un scénario comme celui-là, ressent-on déjà le côté "magique" ?
Marie Gillain : La poésie transparaissait dans le scénario. Déjà dans les chansons, on sentait beaucoup d'émotion, on sentait le style du film. Et puis un film c'est un voyage pour tout le mode, un peu comme cette petite troupe, je savais qu'on allait tous se retrouver dans le même bateau.
Le film nous a fait voyager physiquement aussi, on a tourné au Québec... Il y avait un vrai engagement de tous sur le projet, une espèce de grâce même.


le Québec était déjà prévu à l'écriture?
PM: Je n'avais pas écrit pour l'étranger. Mais avec le jeu des co-productions, j'ai dû réinventer le visuel de l'histoire pour que ce soit cohérent. Ca a créé un look complètement différent de la France. Et puis on a pris des acteurs quebecquois. Au final je crois que ça ajoute encore du charme au film.

MG: Ca a été un tournage extraordinaire, j'ai été subjuguée par la beauté du Québec. Pour moi, même si je suis forcément pas objective, je trouve le film encore mieux que le scénario, et c'est plutôt bien parce que l'inverse arrive souvent. Je suis toujours très nostalgique de ce qu'on a vécu. C'est un film rare, un vrai souffle de bonheur et de fraîcheur, il a un vrai style qui ne ressemble à aucun autre. il a une simplicité et une émotion qu'on ne trouve que rarement. c'est un film avec un regard d'enfant qui s'adresse à des adultes.
Quand je l'ai vu je me suis dit: voilà le film que je rêvais de voir petite...
Et avec Cali on en reparlait il y a peu, et on a tous les deux cette nostalgie, cette envie d'y être encore..

PM: Moi je vis avec ce film depuis 4 ans, on l'a fait comme des enfants...

magique2.jpg


08 juillet 2008

Rencontre avec Vincent Lindon

Par Fadette, mercredi 2 juillet 2008 à 13:11

Quand Vincent Lindon s'assoit à votre table en lançant "si vous n'avez pas de questions à me poser, ça m'arrange" on se dit que c'est mal parti. Et puis l'échange se lance...

Etiez-vous comme un poisson dans l'eau avec ce rôle "cousu-main" ?

Je ne me sens jamais comme un poisson dans l’eau. Mais en fait, si on trouve la tenue vestimentaire du personnage, ça me va. Je pense que l’habit fait le moine au cinéma. Si je me sens bien dans mes affaires... Après, le personnage me ressemble forcément, il ne me reste plus grand-chose, si ce n’est le texte.

Et créer le tandem avec Pascal Elbé n'est pas plus complexe?

Qu’est ce que vous voulez que ça change ? C’est comme ça pour tous les films depuis 100 ans ! On ne joue jamais seul... J’ai beaucoup de mal à répondre en interview parce que je considère que ce qui est fait est fait... Souvent on invente rétroactivement des raisons pour des choses venues sur l’instant. Demandez à quelqu’un pourquoi il est tombé amoureux de telle femme, il vous répondra "parce que ceci, ou cela", alors qu’en fait ce n'est pas comme ça que ça se passe. Sur le moment on aime, c’est tout.

Et le scénario de "Mes amis, mes amours" vous a plu instantanément?

Je me suis dit « tiens, j’ai envie de faire Mathias ». Je suis un peu paysan dans mes reflexions, je ne me suis pas dit « tiens, j’ai très envie de faire une comédie, à Londres ».. A paris ça m’aurait été aussi bien, voire mieux. Les gens me disent « vous préférez des comédies ou des films noirs ? » : je ne préfère rien ! J’aime ce qui m’arrive. Je prends toujours la même métaphore homme-femme… Mais on ne se dit pas, quand une fille qui vous plaît arrive, "je vais attendre la suivante, voire si ya pas une blonde qui vient, je vais garder celle la pour plus tard ! Non, on a des coups de cœur, on ne se demande pas ce qui va arriver après. On sait ce qu’il y a eu "avant", ce qui se passe "dans le moment", et encore, pas toujours.

Pourtant vous êtes connu pour etre un bosseur !

Ca ne change pas le "avant", ni le "après". Je me laisse d’abord porter par les goûts, les couleurs, le hasar, et une fois que j’ai attrapé ma proie je m’y intéresse. J’ai une façon de travailler bizarre, presque inconsciente. Je passe ma vie à observer les gens, alors je remets dans mes rôles les trucs que j’ai vus. Je ne vais pas passer six mois dans un commissariat pour jouer un flic dans un film ! Je suis dans le détail, c’est ça qui m’intéresse.

Vous n'entrez donc pas dans une "démarche de jeu"?

C’est le seul métier, et c’est très triste, où on n’est pas considérés comme des artistes. On ne demande pas à un peintre pourquoi il a peint comme ça ! Acteur, on nous pose toujours la question : pourquoi vous avez joué comme ci, est ce que c’était dur de jouer ça ? Moi j’adorerais répondre « j’en sais rien, et je m’en fous ». Ca vous a plu, tant mieux, ca vous a pas plu, tant pis. Acteur, on nous pose toujours la quetion "Pourquoi vous avez joué comme comme ci ?", "Est-ce que c'était dur de jouer ça ?" Moi, j'adorerais répondre "J'en sais rien, et je m'en fous". Ca vous a plu, tant mieux, ça vous a pas plu, tant pis. J’étais content de venir aujourd’hui, mais si vous me disiez « Vincent, on est un peu fatigués, on n’a pas envie de te poser de quesitons », je vous paye un coup!

Pourtant, certains acteurs disent qu'ils "créent une oeuvre"...

Jamais je n’oserais penser, seul le soir dans mon lit, que je crée une œuvre ! Je peux mourir de rire si on me dit ca ! Et puis quoi, un peu plus tard on met « chef » devant ? Moi mon problème, et je vous le dis avec beaucoup d’amitié, c’est de parler de mes rôles. Il n’y a rien au monde qui m’ennuie plus que ça. Je m’ennuie, je vous ennuie, et je raconte n’importe quoi, alors que je m’en tappe ! Si on me trouve bon acteur, tant mieux, mais ne me demandez pas comment c’est fait, je n’en sais rien et je m’en branle.

Les lecteurs aiment connaître l'envers du décor... Le drame c’est que, parce que vous avez envie de savoir comment ça marche, je sois obligé de faire plus. Il ya une obligation parce que l’acteur qui ne fait pas de promo entend des choses comme "il est aigri, il est pas sympa". C’est le problème de la drogue et des dealers, c’est pas parce que des gens ont envie de dealer qu’on doit tous se droguer. Les journalistes, je suis très content qu’ils aient envie de savoir des choses, mais du coup je suis obligé de le faire.

Ce n'est pas ce que tout le monde dit!

Il y a des acteurs, actrices, qui se plaignent « j’étais à une table, ya un ou une journaliste qui m’a pas posé une seule question, c’est les boules », mais moi c’est mon rêve ! A Cannes, pour La Moustache, je n’ai pas eu une seule question. Et j’étais heureux avec mon verre d’eau. Je me disais « pourvu qu’il n’y en ai pas un qui fasse le malin ! ». Bizarrement si je peux passer inaperçu ça m’arrange, je fais des films et c’est tout.

Vous avez tout pourri. Je peux vous assurer que Cary Grant et Delon ne faisaient pas de tournée province ! On se demandait s’ils mangeaient et allaient aux toilettes comme tout le monde. Etux ils étaient peinards, vous vous réiez et le public allait voir les films. Vous avez tout pété ! Aujourd’hui on filme l’acteur au maquillage qui met son faux nez. L’acteur ça lui casse les couilles, vous, vous en avez marre parce que ce n’est pas ce que vous aimez, et le public se dit « on n’est pas dupes ».

Je pense qu’aujourd’hui je suis un des acteurs qui fait le moins de promo en France. Je me porte de mieux en mieux, mes films n’ont jamais aussi bien marché, et vous n’avez jamais été aussi contents de me voir que quand vous ne me voyez pas beaucoup. Je ne comprends simplement pas à quoi tout ça rime. Mais il faudrait tout changer…

Attention, il n’y a aucune fureur, ni colère dans ce que je dis. Je ne sais pas quoi dire sur Mathias, c’est tout.

Il faudrait inventer une autre forme, une vraie discussion, entièrement retranscrite. Là tout est recoupé, on change vos mots, le rédacteur en chef passe et dit : « non, c’est pas possible, il dit 3 fois couilles dans le truc... ». Et ça devient formaté, on répond tous les mêmes choses : "c’était super, yavait une bonne ambiance, j’ai bien aimé mon personnage parce qu’il est à la fois fort et faible. C’est un peu un rockeur au cœur tendre, les hommes ont un coté féminin, le rapport avec son enfant ça m’a beaucoup touché…" Il faudrait rentrer dans le truc, une vraie discussion, mais vous ne pouvez pas retranscrire tout ça ! Je préfère passer une heure à la radio, écouté par 2000 personnes, il ya la voix, l’émotion, plein de trucs qui passent. Mais même avec les bons journalistes on n’a pas ça. Je sais comment ça se passe, je suis fils de journaliste. Au final il faut couper en 2000 signes, avec une photo, et ma réponse est ridicule alors qu’elle était plus longue. Et elle n’est plus la mienne. Ca me saoule, c’est triste.

Si je lis « Vincent Lindon, acteur révolté et en colère », ça me saoule. Je suis pas révolté et en colère, on parle ! Et encore, ca c’est les bons. Les autres c’est du genre « lindon, toujours nerveux, bouge dans tous les sens, entre un rongement d’ongles et un tic « il nous a dit que » ». Ca fait 25 ans que ça dure.. J’en ai marre !



Commentaires

1. Le mercredi 2 juillet 2008 à 15:27, par P. Emmanuel

Vincent Lindon est un grand acteur; et il n'aime pas parler de son travail, de ce qu'il a tourné. Il fait des films. POINT BARRE. On peut comprendre que notre Fadette nationale, intervieweuse de chic et de choc, prête à TOUT pour décrocher la phrase qui tue, celle qui sera reprise dans tous les quotidiens, soit un peu surprise...

C'est ici pour les places de cinéma à gagner ?

2. Le jeudi 3 juillet 2008 à 00:13, par Fadette

Certes... Mais vous remarquerez, chers lecteurs que l'intervieweuse de choc ne s'est pas démontée, et a une bien jolie interview! Pour les places à gagner, c'est à côté...
3. Le jeudi 3 juillet 2008 à 15:56, par Joao

Je ne connais pas Vincent Lindon, et je dois dire que cette interview à suscité la curiosité chez moi... j'aime ses réponses et ses exemples concernant "l'amour" et les coups de foudres... Un grand bravo pour avoir mené cette interview à bien, et je file de ce pas sur la toile pour en apprendre un peu plus sur ce marginal...

Bonne journée à tous les lecteurs lectrices !

Rencontre avec George A. Romero

Par Fadette, mercredi 25 juin 2008 à 11:03

Le roi des morts-vivants c'est lui. George A Romero a toujours fait des films d'horreur, pour échapper à la censure et parce que ça lui plait. Rencontre avec un maître du cinéma de genre, toujours aussi inspiré dans son dernier opus: "Diary of the dead"

Dans ce film on a l'impression que vous rapprochez humains et zombies? Ce n’est pas exactement ce que je voulais faire... Apres Land of the dead, je ne savais pas trop où aller, mais le film avait été tellement énorme… Hollywood avait aimé, et on avait perdu les racines de tout cela. Et puis je voulais aussi parler des nouveaux médias, cette pieuvre aux multiples tentacules, avec une petite âme. Land of the dead avait été compliqué à tourner, ce que Diary n’était pas. Alors j’ai décidé de prendre cette idée de Diary et de le tourner dans une école de cinéma, avec un budget de 200 000$. Et puis quand j’ai eu fini le scénario, des producteurs l’ont lu, et ils m’ont demandé à quel point je pouvais le tourner « petit ». J’ai annoncé 2 millions, ce qui fait 4 millions avec les taxes et les syndicats etc. Et ils m’ont dit "ok, on y va pour le cinéma". C’est là que j’ai réalisé que je pouvais faire un film qui me plaisait, avec un contrôle total des choses, puisqu’il n’était pas cher. Je me suis embarqué dans un voyage un peu nostalgique, vers la première nuit où j’ai tourné, puisque j’ai filmé des étudiants en train de filmer quand « the shit hits the fan » (quand ça tourne mal).

Dans le film les personnages se filment... Avez-vous embauché vos acteurs comme caméramen? C’aurait été impossible. Il y a quelques moments seulement où il fallait que les acteurs tiennent la caméra, quand on devait voir leur reflet dans les miroirs par exemple. Mais pour le reste ça aurait été impossible. C’est vrai que les petites caméras permettent de tout filmer, mais ça a été tout de même le film le plus compliqué que j’aie fait. On l’a chorégraphié à l’extrême, notamment pour les plans à 360°, il fallait être préparé et précis. La seule raison pour laquelle on a pu le filmer en 20 jours c’est parce qu’on filmait 8 pages de scénario par jour ! On faisait 6 heures de répétition, et on tournait 10 minutes !

Une phrase choque dans le film: « Si ce n’est pas filmé, ça ne compte pas » On est tous devenus des junkies, des accros. On nous demande de plus en plus, à tous, d’être des journalistes, CNN reprend les tournages amateurs… Il arrive maintenant que les gens filment en espérant que quelque chose bad arrive. Après avoir vu quelques guerres télévisées, et quelques désastres filmés, je me suis dit que en fait nous vivions plus pour ces images, qu’elles valent plus que la vie de beaucoup de gens.

Vous posez une autre question : « mérite t-on d’être sauvés » ? Je dirais que oui, on le mérite. Dans cette voix off j’ai tenté de me mettre moi-même. Ca commence en voulant aider, tout filmer, et puis elle se retrouve, elle aussi, à manipuler un peu la vérité. Elle le dit d’ailleurs au début : "je vais vous manipuler". C’est le cas dans la blogosphère, ou sans le dire, les histoires, les images sont montées et « travaillées » autant que dans les médias classiques.

Ce personnage de Deb, la voix off, est donc proche de vous, de votre façon de voir les images, jusqu'à la manipulation? Je ne sais pas… C’est une vraie question. Pourquoi quelqu’un commente sur son blog su ce n’est pour vendre son point de vue, et participer au chaos, à la cacophonie ambiante ? Il fut un temps où il n’y avait que 3 chaînes, et Walter Konkrite était l’homme de confiance des Etats-Unis. Les gens se reposaient sur lui pour se faire une opinion. Aujourd’hui 1000 voix émettent 1000 opinions, et 1000 visages les incarnent, mais le public attend toujours qu’on lui dise quoi penser. Quand "Tony de Cincinnatti" commente l’immigration et que 1000 personnes se déclarent d’accord avec lui, je trouve ça un peu perturbant.

Pourquoi cet amour des morts vivants? C’est mon truc, et mon filon, voilà ce que c’est. Et c’est pratique : imaginez qu’on rase Washington à la bombe nucléaire demain : je peux y aller direct, y jeter une paire de zombies et faire un film !

A l’époque, vos films de zombies vous permettaient une vraie critique sociale et politique, sans censure. Est-ce moins présent aujourd'hui? Il y a tout de même des militaires qui vont voler ces gens démunis… Mais la vérité c’est que j’évolue aussi. Et il me semble de plus en plus que le problème vient de nous, pas des institutions. Le problème c’est qu’on laisse faire les Etats. Il me semble qu’on ait juste envie de suivre le flot, de rejoindre les tribus, sans même penser à créer notre propre groupe. Même aujourd’hui on mesure les votes des gens selon des groupes : les latinos, les blacks, les femmes… Et je pense que toute cette « blogosphère » ne fait que rendre les choses plus tribales

Après toutes ces expériences de zombies, savez-vous ce qu'il y a au delà de la mort? Des critiques ? Je ne vais pas si loin dans cette question je vous avoue. La mort pour moi peut représenter bien des choses, sans être spécifique, ça peut être un tsunami par exemple. Moi ce qui m’intéresse ce sont les humains, leurs tribus, face à des méchants, et leur façon de réagir, ou de ne pas réagir. C’est plutôt ça mon sujet.

Ce qui est étrange dans vos films c'est que face à des zombies, personne ne panique totalement... Une réaction contre-nature? Pas forcément. Dans Zombies et Dawn of the dead, ça colle… C’était des personnages de Comic Book, qui se sentent à part de ce qui se passe, parce qu’ils sont obligés de s’éloigner de tout ce qu’ils vivent et voient. Dans Dawn of the dead, un des personnages se fait arracher la tête : Scotty fronce les sourcils…

Tourner un film horreur permet encore plus de choses ? Je suis toujours surpris de voir que si peu de gens utilisent le fantastique comme métaphore, alors que c’est beaucoup plus libre. Je ne veux pas être Michael Moore, je n’utilise que des snapshots, mais c’est la façon dont je vois les choses. Et puis c’est plus simple dans le fantastique : vous n’avez pas besoin de finir vos phrases !

N'êtes vous pas un peu prisonnier de votre oeuvre? Bien sûr j’aimerais beaucoup qu’on m’appelle pour d’autres types de projets. Mais je ne suis pas piégé, j’aime travailler à l’intérieur du « genre », qui me permet d’exprimer ce que j’ai envie de dire, c’est plutôt un bon deal.

Ferez-vous une suite au film? Parce que le film a coûté si peu on l’a remboursé avec les préventes européennes. Et puis Les Weinstein l’ont acheté pour les Etats-Unis, et du coup on a fait beaucoup de bénéfices. Je ne sais pas si on fera une suite, mais si quelqu’un frappe à ma porte avec un chèque je ne dirais sûrement pas non.

Les femmes sont de plus en plus fortes dans vos films... Mes premiers personnages féminins faisaient tout ce que je pensais être féminin : elles tombaient, perdaient une chaussure, criaient… Avec le recul je m’excuse toujours pour cela, et mes personnages de femme sont de plus en plus forts !

Les films d’horreur vous font encore peur ? Ca fait longtemps que je n’ai pas eu peur au cinéma. Je suis immunisé, et puis j’intellectualise beaucoup. Depuis Repulsion rien ne m’a vraiment fait de l’effet.

Au générique on trouve de drôles de noms dans les voix off... Une fois le film fini on a commencé à monter la narration de Debra et les voix off des extraits de films et d’actus. On a essayé beaucoup de choses… Et puis pour finir Suzanne a enregistré Deb et moi je faisais toutes les autres voix avec le monteur. On s’est vite rendu compte que seulement trois voix pour un film, ce n’était pas assez. Alors j’ai appelé Stephen King, et je lui ai dit « ça te dit de faire une voix off ? » « Ouais »… On s’est vus dans un avion, et hop. Et puis j’ai fait pareil avec Quentin Tarantino, Guillermo del Toro, Wes Craven, Simon Pegg… Ils sont tous au générique. Tout le monde a dit oui ! C’était génial que tous mes potes me fassent confiance comme ça…