08 juillet 2008

Rencontre avec Bouli Lanners pour Eldorado

Par Fadette, jeudi 19 juin 2008 à 16:44


C'est le petit bijou de la semaine... Eldorado, road-movie à travers une Belgique rêvée, emmène Eli et Yvan, un cambrioleur et son cambriolé, à la rencontre de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Rencontre avec un réalisateur à la coolitude non feinte, sympa, et intéressant... Ca n'arrive pas si souvent!

Cette histoire de cambrioleur c'est vraiment une vraie anecdote? Je suis rentré chez moi, et me suis retrouvé sur ma péniche à Liège entre deux cambrioleurs. On s'est mis à parler tout de suite pour désamorcer tout ça, ne pas se retrouver dans la rubrique faits divers. Et c'est comme ça qu'est né un embryon de relation, j'ai trouvé ça très beau. Et puis je me suis inscrit dans un mensonge par rapport à la police etc. Je les ai revus, et deux mois après ils sont revenus me cambrioler, et puis ça s'est arrêté, mais j'ai trouvé que c'était une belle anecdote pour raconter la rencontre. des fois les rencontres au cinéma ça sonne faux, là j'avais un début de scénario. Je dis pas que je les remercie mais...

La forme du road-movie est arrivée vite? Ca fait longtemps que je les aime. Mon premier court était un road movie, j'aime bien le genre. Même si a priori c'est pas possible en Belgique, puisqu'on part et que deux heures après on n'est plus en Belgique! Ou alors il faut beaucoup de coproductions. Pour Eldorado j'ai repoussé les frontières, je ne dis pas qu'on est en Belgique, et au niveau de l'image c'est pas non plus un film qui se veut être en Belgique. En fait je me fais plaisir. C'est difficile de monter un film, je me dis toujours que c'est peut être le dernier, alors je me fais plaisir.

« le dernier », c'est ce que vous disiez déjà pour ultranova... oui, et le troisième je vais le construire comme si c'était le dernier aussi... Un jour on m'a dit que seulement 30% des réalisateurs faisaient un deuxième film, et que de nouveau 30% en font un troisième. Il y a un numerus clausus, un passage. Et tout le monde me disait que le deuxième c'est le plus dur, qu'il valait mieux essayer de faire le troisième directement... Mais à chaque fois je me dis que c'est peut être la fin, autant travailler comme ça, donner tout ce qu'on a. Je n'ai pas de plan de carrière, mais s'il ne doit rester que ça de mon travail, je veux qu'au moins je n'aie pas de regrets.

Et de fait le second film est plus dur? Ah oui hein, et en plus je suis autodidacte, je n'ai jamais eu de réflexion par rapport à ce métier. Le premier film s'est fait dans une espèce d'innocence. Mais faire un film c'est un décollage du début a la fin, une oeuvre d'art qui devient commerciale, la vente, rentabilité, on perd cette innocence, et on sait que c'est fragile. On peut le faire avec tout son coeur, quelques petits détails suffisent à ce que ça ne marche pas, des coups de chance, la météo qui sublime une image ou non. Pour le deuxième... On se pose plein de questions. C'est la même chose: j'ai sauté une fois en parachute parce que je n'avais pas le choix. Je ne suis jamais remonté, c'est ça qui fait vraiment beaucoup plus peur.

Il y a quelque chose d'américain dans votre film... Vous le dites souvent. Déjà le road movie je l'associe a un truc américain. Et puis il y a ces images, alors que je ne suis jamais allé en Amérique. Je dis toujours que mon film ressemble au Montana, mais j'y suis jamais allé. Les gens du Montana ils vont bien rigoler en voyant mon film! c'est un rêve de petit garçon,j'ai toujours eu envie de croire que les décors qu'on traversait avec mes parents en Belgique étaient le grand canyon, les plaines... J'ai toujours eu envie de voir ça en grand. Pour que le spectateur ait envie, de voir le film je ne voulais pas que ce soit codé « film belge », avec un début/fin d'hiver. Je joue de l'imagerie d'un film américain en ne connaissant pas du tout l'Amérique.

Comment choisissez vous vos décors? Je me promène. C'est un processus long: j'accorde beaucoup d'importance aux décors. J'écris en roulant et en écoutant de la musique. J'ai des décors potentiels en stock. La recherche s'affine une fois que l'écriture avance. Parfois les décors influencent l'écriture. une fois que tout est en place, il suffit de peaufiner, raccorder les derniers choses. Ici c'est un road movie, il fallait avoir une chronologie dans les décors, j'avais fait un plan de route fictif des personnages...

__ Vous mettez en scène peu d'humains dans des décors très vastes.__ En fait il y a des scènes avec des figurants qu'on a tourné, mais elles ont sauté. Dans ce film ça sonnait faux. Je préférais le côté « peinture de Hopper », avec peu de personnages. Ca souligne la solitude des personnages et ça convenait mieux au film. On est dans un autre monde, en Eldorado, pas en Belgique. un monde plus perdu, ce qui rend le fait de rencontrer ces personnages particuliers beaucoup plus crédibles.

__ Vous êtes peintre, ça influe sur votre façon de filmer?__ Je n'ai plus le temps de peindre, mon atelier n'existe plus, les pinceaux sont secs, mais ça me manque. C'est vrai que j'ai plus une culture de plasticien que de cinéaste. Quand je parle avec mon chef op, on parle de peintures, on regarde des dias. Parfois il y a dans le film des paysages que j'aurais pu peindre.

Vous mettre en scène, c'était évident? j'ai besoin de trouver les décors moi même, et de m'y rendre beaucoup. je n'ai pas d'outils si ce n'est un viseur qui permet d'avoir l'image en scope avec des focales courtes. Je vais beaucoup dans les décors, 40/50 fois, me mets dans tous les axes, pour découper de façon assez précise avant le tournage, pendant le tournage, ça ré-explose. Après, tout cela est magnifié par le chef opérateur , qui est aussi un très bon cadreur...

C'est ce qui vous permet de vous mettre en scène? Je ne voulais pas jouer dedans, mais je cherchais un personnage qui me ressemble, parce que le perso d'Yvan est proche de ce que je suis. Et mon producteur m'a dit « fais le! ». Il a sorti plusieurs arguments valable, que c'était un beau rôle, une production intéressant, et puis « n'oublie pas, il y a deux salaires! » . Et puis je me suis dit que j'avais très peur de faire un deuxième film, alors autant que j'aie peur pour tout. J'ai beaucoup répété avec Fabrice, et puis on s'est simplifié la vie. Par exemple j'ai décidé qu'on n'aurait pas de maquillage, pour ne pas perdre une heure le matin. En 2minutes on était tous prêts. La seule chose c'est que Fabrice n'avait pas le droit d'aller au soleil, moi c'était l'inverse pour rester rougeaud. il faisait pitié. On a tourné une scène a liège, dans le quartier chaud, il y avait un périmètre de sécurité avec les flics, qui le viraient régulièrement parce qu'ils croyaient qu'il était un junkie, on devait aller le rechercher.

Faire l'acteur vous stresse toujours autant? Il faut bien vivre, j'ai une famille a nourrir. Mais je suis plus sûr de moi avec l'âge, je connais aussi plus de monde, je travaille avec des amis, des familles créées dans le cinema. Ca me plaît, même si j'ai toujours peur, et je crois que j'en ai marre d'avoir peur. a chaque fois je me dis « j'y arriverais pas », c'est un peu chiant, ça fait chier ma famille, mais je me remets en question tout le temps, ça ça va.

Astérix c'était aussi pour Benoît Poelvoorde, avez vous mieux vécu le tournage que lui? J'ai un peu mieux vécu que lui, je suis resté 3 mois en Espagne, ce qui était pénible c'est que c'était long, et la plupart du temps je foutais rien. A Alicante il n'y a rien à faire, on était en léthargie dans un faux village, avec des fausses vieilles maisons, des voitures électriques, des mariages le week-end, c'était une fausse vie totale. C'est ça qui était super pénible. Alicante c'est l'enfer, la non vie absolue, des ventilateurs, des retraités anglais, allemands, hollandais, mais ils ont tout enlevé, il n'y a plus d'eau, plus d'orangers. 30 000 strings sur les routes, ça sent la crème solaire partout, c'est l'enfer pour moi. L'équipe était explosée. Je me retrouvais souvent tout seul, c'est la mort. Mais c'est bien parce qu'on se rend compte de toutes les réalités du métier, moi je fais le grand écart. Et puis je me suis tellement fait chier que j'ai écrit la moitié du scénario déguisé en roi grec, et ça me donne un cote populaire dont j'ai besoin pour avoir une accroche dans la presse, pour que mes films qui ne sont pas a priori populaires puissent le devenir. En Belgique systématiquement dans les articles c'est « bouli lanners qu'on a vu dans Asterix »...

Robert Downey Junior, Iron Man, l'homme de tôle

Par Fadette, mercredi 30 avril 2008 à 14:58

Il est d'une nonchalance feinte, accro au café starbucks, et difficile à dérider. Mais quand on y parvient, à 3 autour d'une table, on finit par passer un très bon moment avec Robert Downey Junior, un des acteurs les plus sous-exploités d'Hollywood. Rencontre avec le nouvel Iron Man, celui qui nous réconcilie avec les films de super-héros!

Qu'est-ce qui vous a plu dans le projet Iron Man? Je ne sais pas si Jon vous l'a raconté, mais quand on s'est rencontré j'étais en pleine promotion de Kiss Kiss Bang Bang. On adorait ce film, on pensait vraiment qu'il était bon. Résultat, quand il est sorti, il s'est écrasé. Jon venait de faire Zathura, un succès critique, que j'ai beaucoup aimé, tout comme mes enfants, et qui n'a pas marché non plus. Alors on est tombés d'accord sur le fait qu'on avait envie de faire de bons films, que les gens verraient, ce qui n'est pas une combinaison facile à obtenir. On ne peut pas se dire « allez on fait un bon film et tout le monde ira le voir ». Mais on voulait vraiment aller dans cette direction.

Il a été difficile de vous imposer pour ce rôle? Avec Jon on pensait que c'était une bonne idée. Mais d'autres, peut-être à cause de mon passé, ou de mon image qui n'est pas vraiment... « whatever », forte, celle d'un gars viril, n'étaient pas d'accord. Tout est une question de perception, et de passé.

C'est un drôle de personnage que ce Tony Stark Je me souviens que quand j'étais petit, et j'y crois encore, je trouvais que le plus beau métier du monde c'est inventeur. On peut faire profiter l'humanité de son talent. On fait des choses qui n'étaient pas là avant. Le grand-père de ma femme, Susan, a inventé le « dip-a-dee-do ». Ca n'a pas changé la face du monde, mais il a changé la façon d'utiliser du gel pour les cheveux, sans cire, sans flacon à presser, en mettant le tout dans un pot. Je dirais que dans les années 80 c'était très important.

Est ce un personnage qui vous ressemble? Il y a beaucoup de choses que Tony dit dans le film qui sont vraies pour moi aussi. Et on s'est dit que ce serait plus facile à dire. Mon assistante a vu le film avec moi, et elle n'arrêtait pas de me dire « c'est exactement comme ça que vous me traitez! ». Quand, dans le film, il dit « Pepper j'ai été traité de beaucoup de choses, mais jamais de nostalgique », ça vaut pour moi aussi. je ne suis pas nostalgique.

On sent un certain enthousiasme dans le film, de l'amusement peut-être? j'étais très enthousaiste, et des fois ça ressemble à de l'amusement. Il y a des scènes... Dans l'atelier par exemple je suis arrivé sur le plateau et je leur ai dit « mais c'est quoi ces putains de robots, je suis tony stark, je peux avoir des robots cools, pas ces horreurs! » et on m'a répondu « c'est tout ce qu'on a ». « ils bougent? » et le gars me répond « ben, on peut les pousser... »! J'ai voulu les faire enlever et puis je me suis dit que finalement c'étaient peut-être les deux premiers robots qu'il ait jamais construits, qu'il y en a un vraiment bête, qu'il appelle « dummy », et que l'autre n'a pas de nom, alors il l'appelle « you ». Et à la fin du film on peut comprendre qu'ils sont importants pour lui. Je pense aussi que, métaphoriquement, et je vous prévient c'est stupide, il y beaucoup de chose que l'on crée ou développe avant 15 ans, qui finissent par nous sauver les fesses. Que des choses ne changent pas, mais sont importantes dans le reste de notre vie.

Il y a eu de l'improvisation sur le plateau? On avait un bon scénario, mais j'avoue que le matin, après mes deux cafés, j'arrivais sur le plateau et je jetais, littéralement, le scénario. Jon me disait, très calme : « tiens, bonjour Robert, donc tu voudrais qu'on réécrive la scène? »... Gwyneth désespérait dans un coin... Et puis on se mettait tous ensemble à bosser. Il y a une scène, celle du test du missile, où on n'avait rien le matin, et puis on l'a écrite ensemble, puis sur des petites cartes. C'est pour ça que je porte des lunettes dedans, pour qu'on ne voit pas mes yeux en train de lire les cartons que l'assistant me tenait! Je suis tellement confiant, alors qu'en fait je lisais tout!

C'est un film très critique aussi envers les Etats-Unis et leur guerre, notamment en Afghanistan... Je ne veux critiquer personne! Je pense qu'il est bon d'être fort militairement, mais d'utiliser aussi notre raison. Je ne sais pas où on devrait, ou ne devrait pas, être. Mais je sais que si je veux passer pour un abruti, alors il suffit que je me mette à parler de politique. Mes pairs parlent un peu de tout, parfois ils sont ambassadeurs de quelque chose, parfois non. Mais c'est un boulot à part. Si un jour je me sens attiré par la politique, si je voulais vraiment être « full of shit », je pourrais aller faire de la politique. Enfin, je ne pourrais sûrement pas avec mon passé!

Dans ce contexte comment s'est passé le travail avec Clooney sur Good night and good luck? Je pense que c'est un homme bien, et puis il faut aussi prendre en compte ce que sont les gens, ce qu'est leur histoire. Quand on faisait Good night and good luck je ne me disais pas « mais qu'est ce qu'on a fait à tous ces libéraux parce qu'on avait peur du communisme? ». Je suis plus du genre terre à terre, mais vous devez aimer Clooney plus que moi en France, je suis un peu moins évolué que lui pour tout ça

Vous ne pouvez pas cependant ignorer le point de vue politique fort développé dans Iron Man!? Je pense que c'est intéressant: le point de vue politique dans le film est en fait celui d'une personne qui dit « attendez, je peux faire la différence », ce qui veut dire pour moi qu'un pays peut changer les choses, qu'une génération peut changer les choses. Mais je ne pense pas que ce soit mon pays, ni ma génération. Je pense que ça offre la promesse d'une personne, d'une génération qui puisse le faire. Tony est blessé mortellement, il ne pourra pas aller mieux, à cause de son passé, et ceci dit, je pense qu'il peut être utile pendant qu'il vit, et être heureux. Mais je pense que tout ce que notre génération peut faire c'est espérer préparer un onde meilleur pour les générations à venir, pas vraiment plus.

Remettriez vous l'armure pour un Iron Man2? Hell yeah! Je la mettrais même sans ça.

Comme pour The Hulk? C'est une drôle d'histoire, ce teaser de The hulk. En fait j'ai juste rencontré william hurt à un bar, à 3 blocks de chez moi et on a fait un teaser. Mais ils ont réussi leur promo chez Marvel, tout le monde en parle! Mais laissez moi le temps, en ce moment je suis un peu dans mon île. Je suis Iron Man, enfin je l'étais.

Propos recueillis à Paris par Fadette Drouard

Commentaires

1. Le mercredi 30 avril 2008 à 15:25, par P. Emmanuel

Tellement troublée la belle Fadette qu'elle publie double... Le beau Robbie est casé ! Mais j'en connais un qui peut le remplacer haut-la-main !

2. Le mercredi 30 avril 2008 à 16:01, par Fadette

Doublon corrigé... Merci, exigeant lecteur!

Rencontre avec Gio Iera

Par Fadette, dimanche 6 avril 2008 à 02:29

Dans les "Randonneurs à Saint Tropez" il est un bel italien qui fait tourner la tete de Karin Viard. Dans la vie Gio Iera, se partage entre Paris, New York, et Valenciennes dont il est originaire. Un "ch'ti" devenu international qui n'a pas oublié de garder sa simplicité? Impossible de rater ça! Rencontre donc autour d'un café à Valenciennes, un rendez-vous calé depuis Los Angeles, tout de même!

Paris, New York, trouvez vous encore le temps d'aller au cinéma?

J'y vais le plus possible. Mais je récupère aussi beaucoup de films en dvd, ¾ mois avant leur sortie en France, aux Etats unis. Mon petit garçon et ma femme sont à New York, alors ce n'est pas évident, mais je trouve le temps, et je vois beaucoup de films dans l'avion!

Paris, c'est pour la production...

J'ai une société de production qui marche bien. On a tourné Livraison à domicile avec Bruno Solo, Barbara Schultz et Thierry Frémont, dans le Nord. En ce moment je travaille sur un très beau projet avec le producteur de la Vérité si je mens. Ce sera pour un tournage en 2009, un très gros budget, tourné entre 3 pays, 3 villes, Londres, Paris et Dubaï. C'est une comédie classe d'aventures, qui se tournera avec beaucoup d'acteurs anglais, et dont j'ai écrit le scénario.

Pourquoi ne pas le réaliser vous même?

Parce que je me sens pas prêt à passer à la réalisation. C'est un métier à part entière. Aujourdh'ui tout le monde devient plus ou moins réalisateur. Certains avec plus de bonheur que d'autres, certains acteurs passent derrière la caméra avec succès. Mais je ne m'en sens pas capable pour l'instant. Peut-être un jour... Il faut vraiment être sur de son coup, de ce qu'on raconte. Je pense qu'il faut un sujet proche de vous.

Ce n'est pas le cas de ce que vous écrivez?

J'ai écrit un scénario proche de moi. J'ai produit un documentaire sur le même thème, réalisé par Gabriel le Bomin. Mais là le scénario je l'ai donné à Philippe Harel. C'est une histoire autour de l'immigration dans le Nord d'une famille italienne, un peu à la Il était une fois dans l'Ouest...

Qu'est ce que la production vous apporte?

Elle me prend du temps, et me permet de limiter les apparitions dans les séries télé pour gagner ma vie... Les séries française, je trouve, sont rarement de qualité... En france on commence tout juste à faire de beaux téléfilms. En fait la production me permet de prendre de la distance avec le métier d'acteur. Attendre tout le temps que quelqu'un ait envie de vous proposer un rôle, je n'ai pas le tempérament. Je suis un créatif, je ne peux pas attendre sans rien faire. Acteur c'est compliqué. Ce n'est pas comme un pianiste ou un musicien... Prendre un scénario et jouer tout seul dans ta chambre? C'est cimpliqué. Quand on chante on peut chanter dans des cafés, dans des restos, quand on est acteur il faut monter les projets, ça ne peut pas se faire rapidement, et le one-man show il faut savoir écrire...

Mais la production c'est aussi des moments de "non-jeu"

Oui, mais ça permet de rester en activité. On est au bureau, on a des réunions, on fait des trucs concrets. Entre deux on va tourner Les Randonneurs pendant 10 jours... Dans ta tête tu es toujours en activité... Et ça permet aussi de voir l'envers du décor. Acteur c'est un métier de privilégié, de voir comment un producteur et un réalisateur peuvent galérer pour monter un film... On se rend compte à quel point les comédiens sont privilégiés, même si après 10 jours de tournage on peut passer un an sans rien faire. On est les derniers à arriver sur le plateau, les premiers à repartir, et si le film marche les lauriers sont pou nous. Si ça ne marche pas, c'est le réalisateur qui aura du mal à remonter un projet! On ne te pardonne pas dans ces cas là, aux acteurs si!

D'où vous vient votre envie de cinéma?

Je suis d'origine italienne et ma maman a toujours été fan de ce cinéma-là. Les films de Visconti... Rocco et ses frères je l'ai vu à 12-13 ans. J'ai découvert Elia Kazan très jeune... Elle avait un goût plutôt porté sur les films au contenu fort, les affaires de famille, les trahisons. Et puis à force de voir Delon et Gassman je me suis dit « je veux faire ce qu'eux font ». J'avais plus envie du cinéma que du jeu. J'ai vraiment cette culture de l'image, d'un écran et de sa magie. Un film peut te faire passer par toutes les émotions, et j'avais envie de ça. Je me suis dit « quand je serais grand je serais acteur ».

__ Ca ne doit pas être évident de décider ça d'un coup...__

Au départ personne ne te prend au sérieux, tout le monde pense que c'est une lubie. Quand on habite Valenciennes, qu'on est né à Denain et qu'on annonce ça, les gens te disent « c'est une crise d'ado, de mec de 20 balais! ». Et puis du coup on se met à travailler. J'ai pris des cours à Paris, j'ai commencé à faire des rencontres, des castings... On commence par une phrase dans un film, puis deux, et là arrive la grosse galère. J'ai fait 2 jours sur La Vérité si je mens 2, le casting du Vélo de Ghislain Lambert, là je suis pris. Dans ce cas là on pense que c'est bon, qu'on est sur l'autoroute. Mais non, en fait on est toujours sur les départementales, et on braque aux virages. Et puis on s'aperçoit que sur 10 ans votre filmo grandit, on se forge aussi une carapace, et puis on se fait connaître. C'est compliqué de se faire connaître sur un film, et tout aussi compliqué de faire un film! Mais cette galère permet aussi de prendre du recul, de s'auto-critiquer. J'ai vu mon évolution, et c'est un autre travail à faire.

Acteur en France.. Mais aux états-unis?

Je vais peut-être commences aux USA. C'est pour ça que j'ai changé mon prénom de Jean-Baptiste, imprononçable pour eux, à Gio. Mon nom d'artiste c'est donc le diminutif de mon vrai prénom, Giovambattista, que j'avais francisé. J'ai rencontré un agent aux USA seulement maintenant. Je ne parlais pas bien anglais quand je suis parti, je ne me sentais pas capable de tourner en anglais. Mais dans Speedball, mon « gros projet » de production, je tournerais en anglais, j'aurais quelque chose à montrer, et il y a des possibilités. Mais je ne dirais rien! Je ne balance plus maintenant, je sais que 80% des projets ne se font finalement pas. Un projet peut s'arrêter une semaine avant le tournage, c'est toujours très compliqué le cinéma.

Ce qui doit être très frustrant...

Dans ta tête t'as tout en cours, et puis ça s'arrête.. Alors que tu peux très bien avoir refusé d'autres choses pour ça! C'est un métier frustrant, mais j'ai trouvé d'autres intérêts dans ma vie personnelle, et professionnelle qui me permettent de lâcher prise sur ça. Le scénario, la production, me permettent d'être bien dans ma tête, et du coup je suis plus ouvert, plus libre dans mon jeu!

Aujourd'hui vous alternez grosses productions et projets plus confidentiels...

C'est le projet qui est important... je peux camper pour tourner un film, je n'ai pas besoin d'un bel hôtel avec le budget de la prod, ce qui est important c'est que le film existe. Sur un gros budget le problème c'est que tout est gros, il y a beaucoup d'argent qui se perd, qui ne sert à rien. Le cinéma par moment c'est trop facile. Il y a les grands hôtels, les belles voitures, les tournées... Alors que tout ça pourrait être plus simple. J'adore les projets difficiles. Pour Les Fragments d'Antonin on dormait à deux par chambre dans des hôtels zéro étoiles, mais ça a créé une union autour du film. Sur les gros projets il est rare de trouver une union. Là tu te déshabille tout seul parce qu'il n'y a pas d'assistant, mais tu sais faire, c'est comme chez toi! Dans la salle de toute façon ça ne se voit pas. Le spectateur s'en fout, il veut une bonne histoire, de bons acteurs.

Y a t-il un rôle dont vous rêviez aujourd'hui? Je n'ai pas vraiment d'envie particulière. Peut-être que j'aimerais qu'on me propose plus de rôles dramatiques. Aujourd'hui j'ai ciblé ce que je peux faire et ce qui me convient moins. Je me suis aperçu que ce qui m'allait bien c'était le côté plus animal, charismatique des personnages, très physique. Aujourd'hui on a peu d'acteurs physiques, et encore moins de comédies de ce style... pourtant ce n'est pas parce qu'on met à quelqu'un une moustache qu'il est crédible en méchant, ni parcequ'on lui met un flingue dans la main. J'aime beaucoup par exemple le style de Thierry Frémont, j'aimerais bien faire un peu plus de ça aussi...

Propos recueillis par Fadette Drouard à Valenciennes le 31 mars 2008

PS: http://www.gio-iera.com/ http://www.myspace.com/gioiera

01 avril 2008

Rencontre avec Tim Burton et Johnny Depp

Le premier est un réalisateur génial, talentueux et un directeur d'acteur exceptionnel. Le second est un jeune premier qui a bien tourné. L'un des duos les plus talentueux d'Hollywood nous livre ce mercredi 23 sa dernière collaboration, un opéra gothique qui n'a pas oublié les émotions. Un pur moment de plaisir de spectateur... Rencontre avec deux artistes à part entière qui ne nous ont, encore, jamais déçus!

Ce film est-il aussi un hommage aux films mythiques de la Hammer?

Burton: Depuis Edouard aux mains d'argent, avec Johnny nous parlons beaucoup des vieux films d'horreur, et de leurs acteurs fétiches. Et nous aimons tous les deux leur façon de jouer, en émotion rentrée. Pour Sweeney Todd nous avons souvent retiré du scénario des répliques de Johnny, parce que nous pensions tous les deux qu'il était mieux de faire passer le jeu par les regards et la musique.

La vengeance est-elle un de vos fantasmes?


Burton: Bien sûr, mais c'est le cas de tout le monde, non? Les gens n'aiment pas parler de vengeance, mais, sous différentes formes, nous avons tous une vengeance que nous aimerions assouvir. Sans aller jusqu'à l'extrême de Sweeney...

Depp: Je trouve que, dans une personne, c'est une qualité humaine, même si Sweeney est extrême.

Burton: C'est un peu comme si on retrouvait Edouard, quelques années plus tard, qu'il était devenu très en colère et dépressif. Ils ne sont pas très différents en réalité.

Depp: Sauf qu'Edouard était surtout un incompris, je ne suis pas sûr que ce soit le cas de Sweeney, c'est assez clair dès le début, ce qu'il a l'intention de faire!

Pourquoi cette envie d'un « musical »? C'est assez loin de votre style, Tim!

Burton: J'adore ce musical. Je l'ai vu quand j'étais étudiant et j'ai aimé toute cette émotion, cette musique magnifique, apposée à une imagerie très rude. Cette juxtaposition de l'horreur et de la beauté m'intéressait. Je ne suis pas très « musical », mais celui-ci était différent, et puis j'ai adoré avoir de la musique sur le plateau, j'aimerais beaucoup recommencer sur un tournage.

Johnny, avez-vous eu peur de chanter? Est-ce que partager votre vie avec une chanteuse vous en avait donné envie?


Depp: L'idée de chanter... C'est la première fois que j'y pensais en fait. J'aurais probablement dû prendre des cours de chant d'ailleurs, mais je ne l'ai pas fait. Je ne voulais pas approcher le rôle comme un chanteur, mais comme un acteur qui, éventuellement, devait chanter. Je n'ai pas vraiment préparé le rôle. Vous savez, c'est comme de se préparer à plonger dans de l'eau glacée, les gens autour de vous peuvent toujours vous prévenir que ce sera froid, et vous pouvez tenter de sentir l'eau, mais au final on n'est jamais prêt. Pour ce qui est de « my girl », qui est bien sûr une chanteuse géniale, elle m'a beaucoup soutenu. Elle a écouté la première démo que j'ai envoyée à Tim... Mais l'idée d'un duo ou de chanter avec elle... C'est vraiment effrayant.

Pourquoi avoir voulu tourner dans des décors en « dur », en évitant au maximum les effets spéciaux?

Burton: J'étais très heureux de notre décision de ne pas tout filmer sur écran vert. Une des raisons c'était que les acteurs n'étant pas des chanteurs professionnels, et que j'allais leur demander de chanter, beaucoup. Leur ajouter une difficulté, de jouer sur écran vert, ça aurait désincarné le tout. Et puis la couleur de cet écran vert, franchement... Ca me donne envie de vomir, ou la migraine, au choix! Nous avions en plus un grand décorateur, qui nous a permis de vraiment ressentir les choses. Pourtant, même en essayant de l'éviter, certaines séquences sont entièrement tournées sur fond vert, comme la séquence de la mer...

Depp: Mon maillot de bain a été fait en effet spéciaux, j'étais tout nu en fait.

N'avez-vous pas eu peur de vous couper d'une partie du public en assumant toute la violence de cette histoire?


Burton: J'ai vu des productions du musical qui essayaient d'être plus « politiquement correctes », mais ça ne marchait pas. Dans Sweeney Todd, il y a du sang à ne plus savoir qu'en faire, et c'est comme ça que ça doit être, c'est plus expressioniste que réaliste. Et c'est important, parce que les personnages sont en émotion rentrée, tout ce sang c'est une façon de se libérer. Et puis on raconte une histoire de serial killer et de cannibalisme, on sait ce qu'on va voir... Ce ne peut pas être La mélodie du bonheur!

Johnny, est-ce libérateur de jouer un barbier qui chante et tue? Et surtout... avez-vous pris des cours de rasage? (rires)

Depp: Peut-être pas libérateur, mais l'idée d'un barbier qui soit aussi un serial killer et qui chante a quelque chose d'un challenge. Et c'est toujours génial de se lancer des défis à soi-même. La partie où je tue est facile, c'est de devoir mettre de la mousse à raser sur le visage d'un homme adulte qui m'était plus difficile. Je n'ai pas vraiment pris de cours... Et puis, si je prenais des cours de barbier, devais-je aussi prendre des cours de meurtre?!

Johnny, vous avez été souvent élu un des acteurs les plus sexy du moment. Et de rôle en rôle, vous vous perdez de plus en plus dans les déguisements et les rôles. Y a t-il un lien de cause à effet?

Depp: J'ai toujours gardé en tête ce qui était inévitable: devenir plus laid avec l'âge... Mais c'est vrai qu'en tant qu'acteur j'ai toujours aimé les acteurs à « personnages ». Je pense qu'il est de la responsabilité de l'acteur de se perdre dans un rôle, de se déguiser aussi, il ne faut pas ennuyer le public avec la même tête, film après film.

Qu'est ce qui fait un film de Tim Burton? Est-ce la combinaison Depp/Bonham-Carter/Elfman/Burton comme le pensent les fans? Burton: Ce sont, effectivement, des amis, tous talentueux, et la combinaison de nous tous rend les choses intéréssantes je pense. Dany ne fait pas partie de Sweeney Todd, parce que la musique était déjà parfaite. Mais je suis sûr que s'il avait écrit un musical, ça aurait donné Sweeney Todd.

Depp: L'ingrédient le plus important d'un film de Burton c'est Tim Burton. Il y a sa signature sur chaque image de ses films.

Avez-vous trouvé votre double en Johnny?


Burton: Mon double? Vous trouvez vraiment qu'on se ressemble?

Vous souvenez vous de votre première rencontre?

Burton: Je me souviens que je ne connaissais pas son travail.. C'est pas comme si je regardais 21 Jump Street tous les soirs...

Depp: Même moi je ne regardais pas! (rires)

Burton: Mais je l'ai rencontré, et j'ai compris qu'il était parfait, à 100% il était déjà Edouard, je ne me suis pas du tout projeté dans le futur!

Depp: Quand on s'est rencontré, j'ai senti qu'il y avait là une connection, naturelle, immédiate, et sur le moment je me rappelle parfaitement m'être dit qu'il ne me donnerait jamais le rôle.

Que trouvez-vous dans l'univers de l'autre? Burton: Ce que je vois en lui, c'est quelqu'un qui aime essayer des choses différentes, un acteur à personnages. C'est ce qui fait les films, quand il est capable de se transformer en différentes créatures.

Depp: Il y a une complicité implicite entre nous, une confiance certaine. C'est une grande source d'inspiration de le voir travailler, avec tant d'enthousiasme et de passion. Je sais qu'Hollywood l'a tenté quelque fois, a essayé de le faire fléchir, mais il a toujours résisté... C'est presque impossible à trouver au cinéma aujourd'hui, un vrai artiste de cette trempe. __

Pourriez-vous, l'un et l'autre, travailler pour la télévision?__

Depp: Je referais 21 jump street si Tim était à la réalisation! (rires) Il ne faut jamais dire jamais, il y a quelque chose qui me plait dans cette idée de bosser tous les jours au même endroit, bosser de 9h à 17h, régulièrement.

Burton: J'aime l'idée de pouvoir faire évoluer un personnage, de le reprendre encore et encore.

Sweeney Todd a une grande qualité esthétique, est-ce quelque chose que vous panifiez longtemps à l'avance?


Burton: Je ne fais plus autant de storyboard que je faisais, parce que j'ai pris l'habitude de travailler avec de grands acteurs, et de laisser s'exprimer leur spontanéité. Je fais des petites dessins, ici et là, surtout pour m'aider à penser les scènes. Mais il n'y a rien de tel que de se retrouver sur le plateau, avec les acteurs en costume, au milieu des décors, de sentir la vibration... Je l'apprécie de plus en plus.

Vous faites toujours subir des choses horribles à vos compagnes... Helena, tout de même, a des scènes très dures!

Burton: Je lui ai dit au début du tournage que nous avions un planning très serré, mais que cette scène en particulier, nous allions la tourner pendant 5 jours! Mais bon, une fois que j'ai su qu'elle était enceinte... Je n'ai jamais tué personne, mais c'est vrai que de faire des films est une façon de jouer avec ses émotions de façon... positive.

Propos recueillis par Fadette Drouard, à l'hôtel Ritz de Paris le 17 janvier 2008