22 mai 2009

cannes, jour 10, le roi Terry! (pre-view)


C'est une histoire triste, d'abord. L'imaginarium du Dr Parnassus, c'est le dernier film d'Heath Ledger, le comédien a eu son « accident » en milieu de tournage. Laissant une équipe dans le désarroi total. Mais, en accord avec son film, Terry Gilliam a décidé de continuer, il a réécrit, et 3 autres acteurs sont venus jouer des doubles du Tony-Heath; Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrel. C'est donc un film, comme s'affiche sur l'écran « des amis de Heath Ledger ».
Mais finalement, on oublie vite tout cela, entièrement absorbés par le film d'un cinéaste au double prolifique. Le Dr Parnassus, c'est le père fondateur d'une troupe de théâtre errante. Une équipe composée de sa fille et d'un nain, qui va récupérer Tony sous un pont. Le principe de  leur spectacle? Une transe, une traversée du miroir, et on plonge dans un monde imaginaire, merveilleux ou non, selon ce que l'on a dans la tête. Mais le miroir cache un choix, celui peut vous sauver ou vous damner. C'est que le Dr Parnassus n'est pas un homme ordinaire. D'abord, il a 1000 ans, et puis  il est joueur. Mais comme son compagnon de jeu n'est autre que le Malin lui-même, ça devient compliqué. D'ailleur le dernier enjeu d'un pari, sa fille, lui cause bien du souci.
Mais qu'est-ce donc, nous direz vous? Une fable? Un drame? Une comédie ? Une histoire rocambolesque et baroque dans un univers sans limite? Un peu de tout cela. ET c'est bien là la magie de Terry Gilliam, qui parvient à nous faire croire à ces personnages, du théâtreux (forcément sans le sou), à sa fille rebelle, en passant par le diable, parfait Tom Waits.
Il s'appuie donc sur un univers visuel impeccable, sans faute, où qu'on pose le regard, tout est beau, pensé, il faudra résister, quand le dvd sera sorti, à la tentation de le mettre sur pause pour mieux voir... Il s'appuie aussi sur un montage sans défaut, rythmé, enlevé. Il règne dans cette histoire une fantaisie salutaire, surtout dans un festival où le cinéma a parfois tendance à se prendre au sérieux.

01 avril 2008

Rencontre avec Tim Burton et Johnny Depp

Le premier est un réalisateur génial, talentueux et un directeur d'acteur exceptionnel. Le second est un jeune premier qui a bien tourné. L'un des duos les plus talentueux d'Hollywood nous livre ce mercredi 23 sa dernière collaboration, un opéra gothique qui n'a pas oublié les émotions. Un pur moment de plaisir de spectateur... Rencontre avec deux artistes à part entière qui ne nous ont, encore, jamais déçus!

Ce film est-il aussi un hommage aux films mythiques de la Hammer?

Burton: Depuis Edouard aux mains d'argent, avec Johnny nous parlons beaucoup des vieux films d'horreur, et de leurs acteurs fétiches. Et nous aimons tous les deux leur façon de jouer, en émotion rentrée. Pour Sweeney Todd nous avons souvent retiré du scénario des répliques de Johnny, parce que nous pensions tous les deux qu'il était mieux de faire passer le jeu par les regards et la musique.

La vengeance est-elle un de vos fantasmes?


Burton: Bien sûr, mais c'est le cas de tout le monde, non? Les gens n'aiment pas parler de vengeance, mais, sous différentes formes, nous avons tous une vengeance que nous aimerions assouvir. Sans aller jusqu'à l'extrême de Sweeney...

Depp: Je trouve que, dans une personne, c'est une qualité humaine, même si Sweeney est extrême.

Burton: C'est un peu comme si on retrouvait Edouard, quelques années plus tard, qu'il était devenu très en colère et dépressif. Ils ne sont pas très différents en réalité.

Depp: Sauf qu'Edouard était surtout un incompris, je ne suis pas sûr que ce soit le cas de Sweeney, c'est assez clair dès le début, ce qu'il a l'intention de faire!

Pourquoi cette envie d'un « musical »? C'est assez loin de votre style, Tim!

Burton: J'adore ce musical. Je l'ai vu quand j'étais étudiant et j'ai aimé toute cette émotion, cette musique magnifique, apposée à une imagerie très rude. Cette juxtaposition de l'horreur et de la beauté m'intéressait. Je ne suis pas très « musical », mais celui-ci était différent, et puis j'ai adoré avoir de la musique sur le plateau, j'aimerais beaucoup recommencer sur un tournage.

Johnny, avez-vous eu peur de chanter? Est-ce que partager votre vie avec une chanteuse vous en avait donné envie?


Depp: L'idée de chanter... C'est la première fois que j'y pensais en fait. J'aurais probablement dû prendre des cours de chant d'ailleurs, mais je ne l'ai pas fait. Je ne voulais pas approcher le rôle comme un chanteur, mais comme un acteur qui, éventuellement, devait chanter. Je n'ai pas vraiment préparé le rôle. Vous savez, c'est comme de se préparer à plonger dans de l'eau glacée, les gens autour de vous peuvent toujours vous prévenir que ce sera froid, et vous pouvez tenter de sentir l'eau, mais au final on n'est jamais prêt. Pour ce qui est de « my girl », qui est bien sûr une chanteuse géniale, elle m'a beaucoup soutenu. Elle a écouté la première démo que j'ai envoyée à Tim... Mais l'idée d'un duo ou de chanter avec elle... C'est vraiment effrayant.

Pourquoi avoir voulu tourner dans des décors en « dur », en évitant au maximum les effets spéciaux?

Burton: J'étais très heureux de notre décision de ne pas tout filmer sur écran vert. Une des raisons c'était que les acteurs n'étant pas des chanteurs professionnels, et que j'allais leur demander de chanter, beaucoup. Leur ajouter une difficulté, de jouer sur écran vert, ça aurait désincarné le tout. Et puis la couleur de cet écran vert, franchement... Ca me donne envie de vomir, ou la migraine, au choix! Nous avions en plus un grand décorateur, qui nous a permis de vraiment ressentir les choses. Pourtant, même en essayant de l'éviter, certaines séquences sont entièrement tournées sur fond vert, comme la séquence de la mer...

Depp: Mon maillot de bain a été fait en effet spéciaux, j'étais tout nu en fait.

N'avez-vous pas eu peur de vous couper d'une partie du public en assumant toute la violence de cette histoire?


Burton: J'ai vu des productions du musical qui essayaient d'être plus « politiquement correctes », mais ça ne marchait pas. Dans Sweeney Todd, il y a du sang à ne plus savoir qu'en faire, et c'est comme ça que ça doit être, c'est plus expressioniste que réaliste. Et c'est important, parce que les personnages sont en émotion rentrée, tout ce sang c'est une façon de se libérer. Et puis on raconte une histoire de serial killer et de cannibalisme, on sait ce qu'on va voir... Ce ne peut pas être La mélodie du bonheur!

Johnny, est-ce libérateur de jouer un barbier qui chante et tue? Et surtout... avez-vous pris des cours de rasage? (rires)

Depp: Peut-être pas libérateur, mais l'idée d'un barbier qui soit aussi un serial killer et qui chante a quelque chose d'un challenge. Et c'est toujours génial de se lancer des défis à soi-même. La partie où je tue est facile, c'est de devoir mettre de la mousse à raser sur le visage d'un homme adulte qui m'était plus difficile. Je n'ai pas vraiment pris de cours... Et puis, si je prenais des cours de barbier, devais-je aussi prendre des cours de meurtre?!

Johnny, vous avez été souvent élu un des acteurs les plus sexy du moment. Et de rôle en rôle, vous vous perdez de plus en plus dans les déguisements et les rôles. Y a t-il un lien de cause à effet?

Depp: J'ai toujours gardé en tête ce qui était inévitable: devenir plus laid avec l'âge... Mais c'est vrai qu'en tant qu'acteur j'ai toujours aimé les acteurs à « personnages ». Je pense qu'il est de la responsabilité de l'acteur de se perdre dans un rôle, de se déguiser aussi, il ne faut pas ennuyer le public avec la même tête, film après film.

Qu'est ce qui fait un film de Tim Burton? Est-ce la combinaison Depp/Bonham-Carter/Elfman/Burton comme le pensent les fans? Burton: Ce sont, effectivement, des amis, tous talentueux, et la combinaison de nous tous rend les choses intéréssantes je pense. Dany ne fait pas partie de Sweeney Todd, parce que la musique était déjà parfaite. Mais je suis sûr que s'il avait écrit un musical, ça aurait donné Sweeney Todd.

Depp: L'ingrédient le plus important d'un film de Burton c'est Tim Burton. Il y a sa signature sur chaque image de ses films.

Avez-vous trouvé votre double en Johnny?


Burton: Mon double? Vous trouvez vraiment qu'on se ressemble?

Vous souvenez vous de votre première rencontre?

Burton: Je me souviens que je ne connaissais pas son travail.. C'est pas comme si je regardais 21 Jump Street tous les soirs...

Depp: Même moi je ne regardais pas! (rires)

Burton: Mais je l'ai rencontré, et j'ai compris qu'il était parfait, à 100% il était déjà Edouard, je ne me suis pas du tout projeté dans le futur!

Depp: Quand on s'est rencontré, j'ai senti qu'il y avait là une connection, naturelle, immédiate, et sur le moment je me rappelle parfaitement m'être dit qu'il ne me donnerait jamais le rôle.

Que trouvez-vous dans l'univers de l'autre? Burton: Ce que je vois en lui, c'est quelqu'un qui aime essayer des choses différentes, un acteur à personnages. C'est ce qui fait les films, quand il est capable de se transformer en différentes créatures.

Depp: Il y a une complicité implicite entre nous, une confiance certaine. C'est une grande source d'inspiration de le voir travailler, avec tant d'enthousiasme et de passion. Je sais qu'Hollywood l'a tenté quelque fois, a essayé de le faire fléchir, mais il a toujours résisté... C'est presque impossible à trouver au cinéma aujourd'hui, un vrai artiste de cette trempe. __

Pourriez-vous, l'un et l'autre, travailler pour la télévision?__

Depp: Je referais 21 jump street si Tim était à la réalisation! (rires) Il ne faut jamais dire jamais, il y a quelque chose qui me plait dans cette idée de bosser tous les jours au même endroit, bosser de 9h à 17h, régulièrement.

Burton: J'aime l'idée de pouvoir faire évoluer un personnage, de le reprendre encore et encore.

Sweeney Todd a une grande qualité esthétique, est-ce quelque chose que vous panifiez longtemps à l'avance?


Burton: Je ne fais plus autant de storyboard que je faisais, parce que j'ai pris l'habitude de travailler avec de grands acteurs, et de laisser s'exprimer leur spontanéité. Je fais des petites dessins, ici et là, surtout pour m'aider à penser les scènes. Mais il n'y a rien de tel que de se retrouver sur le plateau, avec les acteurs en costume, au milieu des décors, de sentir la vibration... Je l'apprécie de plus en plus.

Vous faites toujours subir des choses horribles à vos compagnes... Helena, tout de même, a des scènes très dures!

Burton: Je lui ai dit au début du tournage que nous avions un planning très serré, mais que cette scène en particulier, nous allions la tourner pendant 5 jours! Mais bon, une fois que j'ai su qu'elle était enceinte... Je n'ai jamais tué personne, mais c'est vrai que de faire des films est une façon de jouer avec ses émotions de façon... positive.

Propos recueillis par Fadette Drouard, à l'hôtel Ritz de Paris le 17 janvier 2008